Comprendre Trump

Date de publication

Le jeudi 10 novembre 2016, 14 h 45

Chers amis,

Donald Trump est sur le point de devenir président des États-Unis.

Pour les progressistes du monde entier, c’est un cauchemar devenu réalité.

Comment peut-on élire un homme qui dépeint les musulmans comme des terroristes et les Mexicains comme des violeurs? Comment un homme qui se vante de ses propres exploits de harcèlement sexuel peut-il remporter tant de voix, y compris celles de millions de femmes? Comment les travailleurs peuvent-ils choisir un affreux patron milliardaire pour les diriger?

Ce sont de bonnes questions.

On a beaucoup parlé de la vaste armée d’Américains qui considèrent avoir été laissés pour compte dans la nouvelle économie. Ils ont l’impression d’avoir perdu leur place dans la société.

Pour certains Américains blancs, il s’agit de race et d’immigration illégale.

Mais ce n'est pas toute l'histoire. Sous cette colère se dissimule une histoire économique qui valorise le programme des patrons. Ce programme a affaibli les syndicats partout aux États-Unis. Il a transformé les états industriels du Midwest en une ceinture de la rouille (« Rust Belt »). Il a rendu la plupart des Américains plus pauvres pour créer de nombreux milliardaires comme Donald Trump.

Les politiques qui blessent les travailleurs aujourd’hui ont été mises en œuvre sous l’ancien président américain Ronald Reagan, un républicain célèbre pour avoir licencié tous les contrôleurs du trafic aérien au pays. Ça, c’était dans les années 1980, et ça aurait pu être la fin des attaques perpétrées contre les travailleurs. Mais tandis qu’on entrait dans les années 1990, le président démocrate Bill Clinton décidait de suivre le même chemin qu’avait emprunté le président Reagan.

Monsieur Clinton a tourné le dos à la classe ouvrière. Une des premières choses qu’il a faites en tant que président était de signer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Après ça, il s'est mis à dérèglementer l'industrie financière.

Son premier geste a entraîné la fermeture d’usines américaines et l’expédition d’emplois au Mexique, où les salaires sont plus bas.  Son deuxième geste a contribué à déclencher une crise économique mondiale. Ces deux politiques ont augmenté l’inégalité économique aux États-Unis de façon considérable.

Plus de milliardaires. Plus de pauvreté. Plus de colère.

Je ne doute pas que les préjugés à l’égard des femmes, parfois la misogynie, fussent l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes ont voté contre Hillary Clinton. Sans ces préjugés, elle aurait peut-être gagné. Mais beaucoup d'autres ont voté contre elle parce qu’ils ne la considéraient pas comme une solution.

Comme Thomas Frank, un érudit du Kansas, l’a écrit, Madame Clinton « offrait de faire un réglage de précision alors que le pays voulait une massue pour démolir la machine ».

Alors maintenant, nous avons Donald Trump.

Son programme économique est énorme. Il est possible qu’il fasse quelque chose en ce qui concerne le commerce; mais encore là, il a été du côté des investisseurs toute sa vie, alors je préfère ne pas trop espérer.

Ce qui est plus certain, c'est ce qu’il va faire à la fonction publique et à la propriété publique.

Monsieur Trump a promis de grosses réductions d'impôt. Il a promis de grosses dépenses sur des infrastructures comme les autoroutes, les ponts et les aéroports.

Croyez-moi, il paiera ses réductions d’impôt en coupant dans les services publics. Il paiera ses projets d’infrastructure en les vendant à des investisseurs privés.

Il n’est pas bien différent de nos politiciens canadiens en fait. Ici, en Ontario, Kathleen Wynne vend nos biens et recourt à des partenariats public-privé pour construire toutes sortes de choses, allant des hôpitaux aux réseaux de transport en commun. Et au palier fédéral, la « banque d’infrastructure » du premier ministre Justin Trudeau transformera nos autoroutes et nos écoles en machines à sous pour les investisseurs.

Les membres du SEFPO ne sont pas contents. Le 9 novembre dernier, plus de 15 000 de nos membres ont participé à une télétribune conduite dans le cadre de notre campagne « Ça nous appartient! ». D’après ce que j’ai entendu, les membres du SEFPO veulent reconstruire les services publics, solidifier la propriété publique et créer de bons emplois pour tous. Et c’est ce pour quoi nous travaillons si fort au SEFPO.

Le jour des élections, les Américains ont sorti leur colère en élisant Donald Trump. Ici en Ontario, notre défi consiste à conduire la colère de nombreux Ontariens dans une direction progressiste. Ensemble, nous pouvons le faire!

Solidairement,

Warren (Smokey) Thomas
Président, Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario

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