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Propos du président du SEFPO, Warren (Smokey) Thomas au colloque des relations industrielles du Conference Board du Canada

Propos du président du SEFPO, Warren (Smokey) Thomas au colloque des relations industrielles du Conference Board du Canada

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Le colloque des relations industrielles, qui a lieu chaque année, est un événement sur invitation seulement qui réunit des représentants d’employeurs et de syndicats pour discuter des enjeux courants en matière de relations de travail au Canada et partager les attentes pour l’année à venir. Le Conference Board a demandé aux présentateurs de répondre aux questions suivantes dans leurs propos.

  • Qui êtes-vous (c.-à-d., bref historique de votre organisation et parcours qui vous a conduit à l’état actuel de vos relations patronales/syndicales)?
  • Selon vous, quels seront les principaux enjeux syndicaux et patronaux à la table des négociations en 2016?
  • Que pensez-vous de vos relations patronales/syndicales face à d’autres secteurs et industries?
  • Aimeriez-vous partager des anecdotes spéciales en ce qui concerne les relations patronales/syndicales?

Le président du SEFPO, Warren (Smokey) Thomas, s’est basé sur les notes suivantes dans ses propos.

Introduction : Qui nous sommes

Bonjour, je m’appelle Smokey Thomas et je suis président du SEFPO. Mon syndicat représente environ 130 000 Ontariens de partout à travers le secteur public en Ontario.

Nous ne représentions à l’origine que les travailleurs de première ligne au sein de la Fonction publique de l’Ontario, mais nous avons commencé à nous diversifier il y a environ 40 ans. Nous avons d’abord rejoint les technologues de laboratoire des hôpitaux et le personnel des collèges communautaires, mais aujourd’hui, nous représentons des travailleurs dans environ 20 secteurs différents.

Nous vous fournissons vos cartes d’assurance-santé de l’Ontario et protégeons l’intégrité de vos renseignements personnels.

Nous prenons soin des parcs provinciaux.

Nous vendons et contrôlons la vente de bière, de vin et d’autres alcools.

Nous faisons des radiographies, vous aidons à respirer et analysons votre sang pour diagnostiquer vos problèmes médicaux.

Nous formons la prochaine génération de travailleurs.

Nous surveillons les meurtriers et administrons les tribunaux.

Nous protégeons les enfants contre l’abus et la négligence.

Nous réanimons votre cœur si vous avez une crise cardiaque.

Nous prenons soin des jeunes enfants, des personnes handicapées et des personnes âgées qui sont fragiles.

Nous pourrions même être ceux qui vous tiennent la main quand vous mourrez.

Les employés du secteur public sont extrêmement importants au bien-être de toutes nos familles et communautés, pourtant, notre contribution est trop souvent négligée ou sous-estimée.

Nous le voyons en ce moment dans les négociations collectives.

Que se passe-t-il dans les négociations collectives

En ce moment, les négociations collectives dans le secteur public, et je ne parle que de l’Ontario, sont affectées tant par la situation économique du moment et par une restructuration à long terme de l’économie et du gouvernement lui-même.

L’histoire démontre que les négociations sont plus difficiles pour les travailleurs du secteur privé pendant une récession et plus difficiles pour les travailleurs du secteur public après une récession. Pendant une récession, le gouvernement augmente typiquement ses dépenses. En général, il ne met personne à  pied et n’exige aucune réduction salariale. Mais une fois que le secteur privé a retrouvé son équilibre, le gouvernement est laissé avec des dettes. Et c’est là qu’interviennent les fonctionnaires, à qui on demande de rembourser ces dettes.

Ce n’est pas juste et ce n’est pas logique. Mais c’est ce qui arrive, encore et encore. Les dépenses publiques et les salaires des fonctionnaires n’ont pas causé la récession de 2008-2009, mais apparemment, ça n’a pas d’importance. Les fonctionnaires de tout le pays en paie le prix depuis.

Ainsi, voici l’état actuel des négociations du secteur public en Ontario, qui ne changera sans doute que très peu au cours des deux ou trois prochaines années.

Dans l’ensemble, les salaires réels (après inflation) des fonctionnaires ontariens ne s’améliorent pas. Après les énormes coupures du début des années 1990, en 2008, les salaires réels des fonctionnaires retournaient à leurs niveaux de 1992. Mais malheureusement, ça n’a pas duré.

Les salaires ont recommencé à baisser après la récession. Ainsi, aujourd’hui, les salaires réels dans le secteur public sont en fait plus bas qu’ils ne l’étaient il y a vingt ans, et ce, en dépit d’une hausse de la productivité partout à travers le secteur public.

Dans le secteur public, le secteur municipal observe, dans une certaine mesure, ce qu’on pourrait appeler des négociations « normales », bien que certaines ententes fassent part d’augmentations salariales juste inférieures au taux d’inflation projeté. Si petites soient-elles, ce sont des coupures réelles.

Au niveau fédéral, les augmentations salariales sont inférieures à l’inflation; en outre, les travailleurs du secteur public fédéral font face à des amendements législatifs qui permettent à leur employeur de modifier unilatéralement les articles de leur convention collective, tels que le droit aux congés de maladie. Là aussi, les coupures sont réelles.

Le gouvernement provincial est complexe.

Dans l’ensemble, le cadre de négociation du gouvernement Wynne est ce qu’il appelle « net zéro », ce qui signifie que les augmentations salariales et autres améliorations sont possibles mais doivent être payées avec des coupures au niveau des prestations et des conditions de travail ailleurs. (Ça semble être la norme avec les récentes négociations entre le gouvernement et certains groupes d’enseignants.)

Dans notre syndicat, certaines unités de négociation, telles que celles du personnel scolaire des collèges et des employés de la fonction publique, ont accepté deux ans sans augmentation salariale après la récession. Mais ils n’ont pas trop aimé devoir le faire une deuxième fois.

Après avoir accepté tous ces zéros, le personnel scolaire des collèges a réussi à obtenir des hausses raisonnables dans leurs conventions collectives ultérieures.

En ce moment, nous négocions avec le gouvernement pour la Fonction publique de l’Ontario pour le même problème.

En 2010, les annonces initiales du gouvernement en ce qui concerne le soi-disant « gel » des salaires visaient à faire en sorte que toutes les unités de négociation acceptent deux ans de zéros. Mais ce que nous voyons à la place, c’est une tentative du gouvernement non seulement de prolonger ce programme, mais de l’aggraver. Nous assistons à des revendications aux tables de négociation dans lesquelles l’employeur ne se contente pas d’exiger des réductions salariales égales à deux années d’inflation, ce qui pourrait correspondre à quatre pour cent sur deux ans, ou plus, mais il demande aussi d’autres réductions qui valent au moins autant! Le climat est pénible.

Mais le secteur public de la province fonctionne différemment selon les endroits.

Certains secteurs, tels que les universités et les collèges, reçoivent des fonds de la province, mais ont aussi leurs propres sources de revenus. Certains groupes, tels que les professionnels hospitaliers, n’ont pas le droit de faire grève, ainsi, leurs contrats sont souvent négociés à l’arbitrage. Ainsi, de nombreuses unités de négociation ont bien réussi, malgré le programme d’austérité actuel.

Ceci dit, un résultat « satisfaisant » de nos jours en est un dans lequel les augmentations salariales ne sont que légèrement inférieures au taux d’inflation et les coupures au niveau des prestations sont aussi petites que possible. Dans l’état actuel des choses, ne pas reculer est un accomplissement de taille pour n’importe quelle équipe de négociation syndicale.

Mais en dépit de cela, ce n’est pas toujours possible. Les résultats des négociations de nos jours sont très inégaux d’un secteur à l’autre et d’une unité de négociation à l’autre.

Une tactique toujours plus fréquente des employeurs est d’utiliser un paiement forfaitaire au lieu d’augmentations salariales sur la grille.  Ces paiements ne représentent que des réductions salariales différées, vu que la grille salariale ne bouge pas, et ce, même si l’inflation poursuit son escalade. Néanmoins, à défaut de mieux, certains travailleurs ont acceptés de tels paiements.

Bien entendu, la négociation dans le secteur public n’a jamais été facile. Et les raisons sont nombreuses.

  • Nous sommes la cible d’une campagne soutenue depuis plusieurs dizaines d’années disant que les fonctionnaires sont sous-employés et surpayés. Nous ne sommes ni l’un ni l’autre.
  • Quand nous négocions, toute amélioration éventuelle apportée à nos contrats est payée par le public.
  • Dans les rares occasions où nous sommes forcés de faire grève, nous nous trouvons à demander le soutien du public en même temps qu’on supprime quelque chose dont il a besoin.
  • Enfin, les employés du secteur public sont les seuls travailleurs dont les employeurs ont le pouvoir de modifier unilatéralement les règles juridiques sur la négociation – même en plein milieu de la négociation.

Ainsi, nous sommes habitués aux défis qu’on nous lance. Et j’ai le plaisir de dire que nous nous tirons bien d’affaire malgré ça.

Questions plus générales

Je ne pense pas qu’il soit possible de comprendre ce qui se passe vraiment dans les négociations, tant dans le secteur public que privé, sans examiner le contexte plus large dans lequel les négociations prennent place. Ainsi, j’aimerais faire quelques commentaires à ce propos.

Le contexte des négociations actuel est le produit d’un certain nombre d’hypothèses, qui figurent en grande partie dans Aperçu des relations industrielles 2015 du Conference Board du Canada. Ces hypothèses sont les « faits » que nous sommes censés examiner lorsque nous sommes en négociation.

Le problème est qu’un grand nombre d’entre elles ne sont pas des faits du tout. Ce sont des histoires. Je vais vous parler de quatre de ces histoires.

Le mythe des « ressources restreintes »

La première histoire est que nous vivons à une époque de ressources restreintes. C’est pourquoi les gouvernements sont fauchés. C’est pourquoi les travailleurs ne peuvent obtenir d’augmentations salariales.

C’est tout simplement faux.

Si vous examinez la richesse de notre société, vous découvrirez que le Canada et l’Ontario sont plus riches qu’ils ne l’ont jamais été.

Ça peut paraître étrange, mais c’est vrai. En dépit du récent écroulement du secteur pétrolier albertain, le produit intérieur brut par habitant dans ce pays, rajusté pour l’inflation, a atteint des niveaux record dernièrement. Et c’est la même chose en Ontario.

Nous avons beaucoup d’argent dans ce pays. Ce pays n’est pas pauvre. Ce pays est riche.

Et pourtant, huit gouvernements provinciaux sur dix accusent des déficits

Si vous examinez la main-d’œuvre, de plus en plus d’emplois sont à temps partiel ou temporaires, avec des salaires bas et une très faible sécurité d’emploi. Des millions de travailleurs n’ont pas reçu d’augmentations salariales depuis des années. Ils ne vont nulle part vite. Et nous observons cette tendance tant dans le secteur privé que public.

Ainsi, si le gouvernement est fauché et les travailleurs sont fauchés, où est l’argent?

C’est simple, il n'y a qu'un seul endroit où chercher : dans les entreprises, et plus particulièrement dans les grandes entreprises. Les restrictions, on les voit dans les lieux de travail, mais dans les salles de conférence des grandes sociétés, c’est la fête en permanence! En 2013, les 100 PDG les mieux payés au Canada ont récolté en moyenne plus de 9 millions de dollars par tête de pipe. C’est 195 fois plus que ce qu’un travailleur à temps plein permanent moyen reçoit dans une année.

Il y a quelques mois, la CIBC rapportait que les bénéfices des sociétés au Canada étaient à leur plus haut depuis 27 ans et resteraient sans doute à ce niveau dans un avenir prévisible. Pourquoi? À cause des changements structurels dans l’économie, et plus particulièrement d’une diminution du pouvoir de négociation des syndicats.

Dans les milieux de travail syndiqués et autres, les changements structurels des trente ou quarante dernières années ont fait pencher la balance du pouvoir de façon décisive en faveur des employeurs. Les profits élevés sont venus au détriment de salaires restreints.

Adapter le peuple à l’économie plutôt que l’économie au peuple

La deuxième histoire que nous entendons souvent est que les gens doivent s’adapter à l’économie. Nous ne pouvons rien y faire, pas plus qu’un voilier ne peut changer la direction du vent. Ainsi, si le vent souffle contre nous, nous devons accepter que nous n’avancions qu’à petits pas.

C’est absurde, bien sûr. L’économie est une création entièrement humaine. Les vents qui ont transformé notre économie résultent de politiques délibérées, promues par les grandes entreprises et facilitées par le gouvernement, qui ont favorisé l’entreprise, pas la main-d'œuvre. Différentes politiques peuvent avoir des effets différents En tant que société, nous pouvons aider les travailleurs à réussir. Nous pouvons changer la direction du vent.

Les politiciens et les chefs d’entreprise qui les emploient le savent bien, évidemment. C’est pourquoi ils ont si bien réussi

Des salaires solides, une économie solide

Une autre histoire que nous entendons souvent de nos jours est que les salaires dépendent de la santé de l’économie. C’est vrai, en soi, mais ce n’est que la moitié de l’histoire. L’autre moitié, c’est que la santé de l’économie dépend des salaires.

C’est un fait que la demande des consommateurs est encore le principal moteur de croissance du PIB. C’est également un fait que les salaires des travailleurs sont le carburant qui alimente la demande des consommateurs. Ainsi, lorsque les salaires sont bas, l’économie fléchit.

Au premier trimestre de 2015, les sociétés non financières canadiennes étaient assises sur 686 milliards de dollars en espèces qu’elles n’investissent pas. Pourquoi n’investissent-elles pas? Simple : leurs clients sont fauchés.

C’est ça « l’inégalité des revenus ». Ce n’est pas mal seulement pour les pauvres; c’est la recette de la stagnation économique, ce que nous observons maintenant en Ontario, au Canada et à l’étranger.

Pour avoir une économie saine, tant chez nous qu’à l’étranger, nous devons mettre davantage d’argent dans les poches des gens qui vont le dépenser. Et ces gens, ce sont ceux qui travaillent.

Le mythe de la productivité

La dernière histoire dont je veux vous parler est l’histoire de la productivité.

Comme le Conference Board l’a souligné, bien des gens parlent de productivité ces jours. Et bien des gens dans les entreprises et au gouvernement disent que si seulement nous étions plus productifs, les salaires augmenteraient et nous gagnerions tous et toutes des milliers de dollars de plus par année.

Si seulement c’était vrai! Il fut un temps au Canada où c’était vrai. Après la guerre, les gains de productivité et la progression des salaires des travailleurs moyens étaient étroitement liés. Mais depuis la fin des années 1970, la croissance de la productivité a été dissociée de la progression des salaires.

Les travailleurs aujourd’hui sont plus productifs qu’ils ne l’ont jamais été. Le problème est qu’ils ne sont pas récompensés pour ce regain de productivité.

Le Bureau du directeur parlementaire du budget l’a dit de cette façon, il y a quelques années :

« … la progression de la productivité du travail a dépassé la croissance du taux réel de la rémunération totale, en moyenne, au cours des 30 dernières années… Cela est particulièrement manifeste depuis le milieu des années 1990, ce qui laisse entendre que les gains de productivité au cours de cette période n’ont pas 
mené à des hausses équivalentes de la rémunération. »

Dans une étude publiée cette année, les chercheurs Mathieu Dufour et Ellen Russell ont découvert que :

Tandis que le lien réel entre la productivité et les salaires est souvent invoqué comme un truisme économique, il n’est pas nécessaire que les salaires réels augmentent en tandem avec la productivité.

Dufour et Russell calculent que, entre 1961 et 2011, le revenu de travail moyen par heure, en dollars 2011, était 4,77 $ inférieur à ce qu’il aurait été si les salaires avaient augmenté avec la productivité.

En d’autres termes, compte tenu de sa productivité, le travailleur canadien moyen devrait gagner près de 15 pour cent de plus par heure. C’est à peu près 8 000 $ de plus par année.

Ainsi, la question que devraient se poser nos dirigeants du monde des affaires et du gouvernement, est la suivante : Pourquoi les travailleurs devraient-ils s’intéresser à la productivité quand elle ne rapporte qu’aux employeurs?

Le programme d’amélioration de la productivité qu’essaient de nous faire avaler les chefs d’entreprise aujourd’hui n’est pas différent de ce qu’il était ces 40 dernières années. Depuis les années 1970, les Canadiens se sont fait dire que s’ils étaient plus productifs et plus compétitifs, ils seraient richement récompensés par des emplois plus nombreux, meilleurs et mieux payés.

On a entendu cela pour le libre-échange.

On a entendu cela pour les réductions des impôts des sociétés.

On a entendu cela pour la privatisation des services publics et des partenariats public-privé pour les gros projets d’infrastructure publics.

On a entendu cela pour les coupures à l’assurance-emploi.

On a entendu cela à propos de toutes les mesures qui devaient soi-disant améliorer la « flexibilité sur le marché du travail » en affaiblissant les normes d’emploi et les syndicats.

Toutes ces mesures ont échoué, lamentablement.

Nous n’avons pas de meilleurs emplois et nous n’avons pas d’emplois mieux rémunérés. Nous sommes entrés dans l’ère des « emplois précaires ».

Tous ces changements ont été apportés sur demande et sur ordre de sociétés qui ont atteint un niveau d’influence sans précédent sur les gouvernements fédéral et provinciaux.

Quel est le résultat? Notre secteur manufacturier, qui a toujours été une source d’emplois hautement productifs et de bons salaires conventionnels, a été durement touché. Les emplois perdus dans le secteur manufacturier ont été remplacés par des emplois peu productifs et mal payés.

Dans le contexte actuel, aucune ronde de négociation collective n’a lieu sans la menace d’une perte d’emplois. Le résultat n’est pas une prospérité accrue. C’est une course vers l’abîme.

Engagement politique

Vu le rôle que la politique a joué dans l’évolution des politiques qui régissent le travail et les salaires, il ne devrait pas être surprenant que l’activité syndicale à la table de négociation soit de plus en plus souvent complétée par une activité syndicale dans le domaine politique.

C’est logique. Ce dont il est question ici, ce n’est pas la façon dont la valeur économique est partagée entre un employeur et un groupe de travailleurs syndiqués. Ce dont il est question, c’est la façon dont la valeur économique est partagée entre les propriétaires et les travailleurs dans toute l’économie. C’est un conflit à l’échelle de l’ensemble de la société, comme ça l’a toujours été.

Ainsi, dans les années à venir, on peut s’attendre à voir les syndicats plus impliqués en politique que jamais auparavant.

Dans Aperçu des relations industrielles 2015 du Conference Board du Canada, une phrase m’a sauté aux yeux : « Les syndicats doivent faire l’équilibre entre les intérêts à court et à long terme de leurs membres. »

Il n’est pas difficile de comprendre ce que cela signifie. Cela signifie que les travailleurs doivent accepter des réductions salariales s’ils veulent garder leur emploi. Cela signifie que les employeurs obtiendront une plus grande part de la valeur créée par les travailleurs.

Franchement, j’en ai assez de tout ça.

Renverser la situation

Les gains de productivité sont bons, oui, mais le fruit de ces gains doit être partagé équitablement avec les travailleurs qui produisent ce fruit.

Pour cela, il est nécessaire de repenser entièrement la façon dont nous organisons non seulement les relations patronales-syndicales, mais notre société dans son ensemble. C’est une question de politique.

Nous devons réaliser que dans une démocratie, l’objet de l’économie doit être de créer une vie bonne pour autant de personnes que possible, et non pas de multiplier de façon obscène la richesse de quelques privilégiés.

Pour améliorer les choses, il faut prendre certaines mesures.

Tout d’abord, nous devons remanier nos lois du travail et normes d’emploi avec l’intention délibérée de rétablir le pouvoir de négociation des travailleurs, tant syndiqués que non syndiqués. Une telle mesure servira tant les travailleurs que les entreprises.

Nous avons besoin d’emplois qui permettent aux gens de vivre décemment, d'élever leurs enfants comme ils le voudraient et de prendre leur retraite en toute dignité. Le travail n’a pas à être précaire.

Et ensuite, nous devons reconnaître le rôle crucial du secteur public dans notre économie et dans notre société.

Le secteur public fournit l’infrastructure physique, humaine et juridique qui rend possible d’avoir une société prospère et équitable.

Le secteur public est un stabilisateur économique en périodes de crise. (Et croyez-moi, nous avons bien d’autres crises devant nous.)

Le secteur public est la façon dont nous prenons soin les uns des autres et offrons aux gens ce dont ils ont besoin, qu’ils en aient les moyens ou pas.

Le secteur public aide à renforcer nos communautés et à en maintenir la vigueur.

Et pour finir, nous devons arrêter de penser que l’économie s’améliorera si nous laissons au marché le soin de décider de tout.

Depuis les débuts du libre-échange, en 1989, la productivité du Canada, par rapport aux États-Unis, a baissé.

Depuis que les gouvernements se passionnent de réductions de l’impôt des sociétés, l’investissement des entreprises a baissé.

Depuis l’arrivée des réductions d’impôt et de la privatisation, le bilan des gouvernements est de plus en plus faible, à l’instar de nos services publics.

Depuis que les syndicats se font marcher dessus, les travailleurs se sont appauvris.

Les politiques des trente dernières années ne fonctionnent pas pour le Canada. Il est temps de changer de cap.

Ce dont ce pays a besoin, c’est un plan actif intelligent pour une stratégie industrielle qui gère le commerce et l’investissement, fournit au gouvernement les recettes dont il a besoin pour être efficace et crée les bons emplois dont les gens ont besoin pour vivre.

Les relations industrielles n’existent pas en vase clos. Pour bien les comprendre et les rendre plus justes, il nous faut comprendre le contexte plus large qui forme les relations industrielles.

J’espère que ce n’est que le début d’un dialogue utile qui va bien au-delà des questions fondamentales dont la plupart d’entre nous parlons à la table de négociation.

Merci beaucoup.

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