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Lettre ouverte aux travailleurs correctionnels

Se rassembler est un début, rester ensemble est un progrès et travailler ensemble est la réussite. – Henry Ford

Conformément à la définition ci-dessus, les services correctionnels peuvent être une réussite. Prenez l’exemple du travail du personnel exceptionnel du Centre de détention de Hamilton Wentworth (CDHW). Si vous écoutez les médias (ce que je ne recommande pas), vous ne savez rien des compétences et des efforts incessants des hommes et des femmes qui composent la section locale 248.

Il y a cinq ans, j’ai eu le privilège d’être travailleuse sociale dans cette prison. Ne sachant pas trop ce qu’on attendait d’une travailleuse sociale dans les services correctionnels, je suis entrée dans l’édifice les yeux grands ouverts, avec espoir et optimisme. Lorsque j’ai quitté mon poste, il y a près de cinq mois, j’étais encore plus confiante et optimiste quant aux possibilités, parce que je savais ce dont les membres du personnel sont capables lorsqu’on les laisse travailler ensemble.

Il y a une véritable mentalité d’équipe interdisciplinaire au CDHW. L’idée est qu’on travaille ensemble, en équipe, qu’on laisse son ego à la porte, qu’on apporte une dose saine de bon sens et qu’on mélange le tout en sachant que tout le monde est dans le même bateau. Le résultat est que tout le monde met la main à la pâte et que tout le monde se sent apprécié.

Il ne fait aucun doute que travailler dans les services correctionnels est l’un des métiers les plus difficiles qui soient et il ne fait aucun doute que le travail est sous-évalué (je soupçonne que le nuage de mystère qui entoure ces emplois y est pour beaucoup). À de nombreuses occasions, j’ai reçu des appels téléphoniques de membres de la famille, dont le fils ou le mari était détenu, pour souligner les soins dont leur proche avait fait l’objet et me dire que c’était la première fois qu’il avait eu accès à des soins médicaux, à une figure paternelle, à des liens avec la communauté ou à une bonne dose de réalité.

Oui, on recevait aussi beaucoup d’appels de personnes qui exigeaient l’impossible de nous. Mais je tiens à souligner ici les histoires des familles qui se réjouissaient de ce qu’il s’était passé dans la vie de leur proche – les histoires où le personnel représentait une figure paternelle : le personnel infirmier, certains des premiers membres du personnel soignant à avoir jamais montré un intérêt pour leur bien-être; et les travailleurs sociaux, les premières personnes qui les ont écouté pour de vrai; et le personnel correctionnel qui soutenait tout le monde avec les connaissances acquises en étant toujours présents et vigilants dans leurs rôles.

Tout cela n’aurait cependant pas fonctionné si tous ces membres n’avaient pas travaillé ensemble. Nous formions non seulement un cercle de soins, mais surtout un cercle de vie. Nous faisions toujours en sorte de nous tenir mutuellement informés et de travailler ensemble en acceptant et endossant notre responsabilité. Nous n’étions pas là pour être manipulés. Quand vous aviez besoin d’aide, les hommes et les femmes du CDHW étaient toujours là pour vous apporter leur soutien. Mais si vous n’aviez pas l’esprit d’équipe, si vous blâmiez tout le monde pour vos problèmes ou si vous jouiez au plus fin, l’équipe se serrait alors les coudes pour faire en sorte que personne ne soit ni manipulé ni blessé.

Travailler en équipe est très gratifiant car les membres de l’équipe sont là les uns pour les autres.

L’un des tout premiers membres du personnel qui s’est ouvert à moi m’a parlé des démons qu’il avait dû affronter dans sa vie et du fait qu’il ne tournerait jamais le dos à quiconque a besoin de parler. J’étais là pour lui, comme j’étais (et je le serai toujours) pour le personnel. Qu’il s’agisse d’un incident lié au règlement, des facteurs de stress de la vie et d’une surcharge de travail, les employés étaient là les uns pour les autres. Rire d’une plaisanterie totalement inappropriée ne vous inquiète pas – c’est un moyen de recharger votre capacité de résilience – car quelques minutes auparavant, vous aviez peut-être vécu un moment qui vous donnait envie de vomir. On rechargeait également notre capacité de résilience en partageant de la nourriture, des boissons, des souvenirs, des leçons de vie et bien d’autres choses.

Il s’agit d’histoires que les médias devraient entendre ou, à tout le moins, ceux et celles qui se demandent ce que veut dire faire partie d’une famille correctionnelle.

En toute solidarité,

Salomeh Mohajer
Ancienne section locale 248
Section locale actuelle 206
Ancienne déléguée syndicale, section locale 248
Titre actuel : Travailleuse sociale judiciaire (Hôpital St. Joseph’s)
Ancien titre : Travailleuse sociale en santé mentale (Centre de détention de Hamilton Wentworth)
mohajers@stjoes.ca