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SEFPO Coalition des traveailleurs racialises

Mois de l'histoire des Noirs : Faits sur les Noirs du 28 février

Workers of Colour Caucus OPSEU - Caucus des gens de couleur SEFPO
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À l’occasion du Mois de l'histoire des Noirs 2018, le Caucus des gens de couleur (CGC) tient à souligner les changements importants dans le discours public, les politiques et la législation qui ont eu des répercussions importantes sur les communautés noires et racialisées.

Ces changements sont le résultat de plusieurs décennies d'activisme de la part des militants noirs, des défenseurs des droits de la personne et du mouvement syndical qui continuent à jouer un rôle clé pour défendre les droits et soutenir les mouvements en faveur du changement social. Dans le cadre des célébrations du Mois de l'histoire des Noirs 2018 : Faits sur les Noirs, le CGC met en lumière les réalisations et l'héritage des mouvements anti-racistes et de défense des droits de la personne.

Le 28 février : Le mouvement Black Lives Matter de Toronto 

L’organisme Black Lives Matter (BLM) est actuellement l'un des mouvements les plus importants au monde. Tout a commencé par les médias sociaux avec le hashtag #BlackLivesMatter et après l’acquittement de George Zimmerman en février 2014, du meurtre par balles d'un adolescent noir, Trayvon Martin.  Le mouvement prend rapidement de l’ampleur à l'échelle nationale avec les manifestations qui sont organisées à la suite du décès de deux Afro-américains en 2014 : celui de Michael Brown, qui se traduira par des manifestations dans la ville de Ferguson, et celui d’Eric Garner à New York. Depuis 2014, BLM organise régulièrement des manifestations pour dénoncer la violence policière et des questions plus vastes telles que le profilage racial, le racisme systémique dans les systèmes de justice pénale et d'immigration et le racisme dans les secteurs de l'éducation et de l'emploi.

Suite à la mort de deux hommes noirs, Andrew Loku et Jermaine Carby, aux mains de la police de Toronto, en juillet 2015, des militants du mouvement BLM de Toronto bloquent la route Allen jusqu'à l'autoroute 401.

Le mouvement BLM de Toronto (BLMTO) est bien connu pour le « sit-in » qu'il a tenu devant le quartier général de la police de Toronto, rue College, en mars 2016. Cette manifestation, qui était appuyée par le Caucus des gens de couleur du SEFPO, devait durer une nuit, mais le « sit-in », qui dénonçait les nombreuses formes d'injustice raciale, a duré deux semaines. Au même moment, la ville de Toronto annonce une réduction de la programmation du festival de musique Afrofest en raison de prétendues plaintes au sujet du bruit. Puis Alex Wettlaufer est abattu par la police de Toronto à proximité de la station Leslie. Puis, l'Unité des enquêtes spéciales (UES) rend sa décision dans l'affaire d'Andrew Loku et statue qu’il avait menacé la police et que les policiers avaient agi en état de légitime défense. Les agents de police refuseront que leur nom soit rendu public.

Le quinzième jour du sit-in devant le quartier général de la police de Toronto, les manifestants se déplacent à Queen's Park, bloquent la circulation et demandent la réouverture de l’enquête de l'UES. Le mouvement BLM de Toronto confronte également Kathleen Wynne sur les marches de l’Assemblée législative, la forçant à reconnaître la validité des demandes du BLMTO. Concédant « que le racisme systémique est encore présent dans la société », Kathleen Wynne annonce par la suite une révision complète de l'UES en raison de son manque de transparence dans son travail sur les incidents de racisme impliquant des policiers. Pour en savoir plus : http://www.cbc.ca/news/canada/toronto/black-lives-matter-toronto-loku-1.3508462

Sélectionné par les organisateurs de la Fierté de Toronto comme le mouvement à l'honneur du festival de la Fierté 2016, le mouvement BLM de Toronto organise un sit-in et fait plusieurs revendications, notamment un financement stable et un emplacement convenable pour organiser l'événement Blockrama, l’amélioration de la diversité dans le personnel d'organisation et bénévole, une accessibilité accrue au défilé (par exemple pour des interprètes en ASL pour les participants sourds et malentendants). Le mouvement BLM de Toronto exige en outre qu’on interdise à la police de Toronto de participer au défilé de la Fierté. Le Caucus des gens de couleur appuie également les demandes du BLMTO. En conséquence, les organisateurs de la Fierté approuvent l'interdiction de participer aux forces de police en uniforme et un financement accru pour les « artistes et jeunes noirs ».

Depuis 2016, le mouvement BLM de Toronto organise diverses actions, notamment des manifestations devant le quartier général de l'Unité des enquêtes spéciales, à Mississauga, en réponse à la mort d’Abdirahaman Abdi, qui a perdu la vie lors d’une arrestation à Ottawa. En septembre 2017, le mouvement BLM de Toronto demande également le renversement de la décision de déportation de Beverly Braham vers la Jamaïque du fait que cette mère de deux enfants avait de graves problèmes de santé et que sa demande de parrainage devait être acceptée dans moins d’un mois. Plus récemment, le mouvement BLM de Toronto a appuyé les revendications de la communauté autochtone suite à l'acquittement de Gerald Stanley, cet agriculteur de la Saskatchewan qui était accusé du meurtre au deuxième degré de Coulten Boushie.

Parmi les récentes et décisives victoires du mouvement BLM de Toronto, bien qu’encore incomplètes, citons l'adoption du règlement interdisant à la police de recueillir des informations d'identification de manière arbitraire ou non-fondée en raison de la race d’une personne ou de la présence dans un quartier en particulier et la décision révolutionnaire du Conseil scolaire du district de Toronto de mettre fin au Programme d’agents ressources dans les écoles de Toronto. Le Programme d’agents ressources dans les écoles a créé un système d’éducation à deux vitesses – un système qui dévaluait les élèves racialisés et autochtones. D’après l’opinion des élèves et des enseignants, les élèves noirs, de couleur et autochtones se sentaient intimidés, harcelés et criminalisés par les agents ressources, qui menaçaient de surcroît la sécurité des élèves sans papiers.

La plupart des actions du mouvement BLM de Toronto ont inspiré une nouvelle vague d'activisme grâce à de nouveaux moyens d’action qui ont mis de l’avant la justice raciale et inclusive et un leadership décentralisé.  Les femmes noires, les jeunes, les musulmans, les militants queer et transidentitaires figurent à l’avant-scène du mouvement. Le mouvement BLM de Toronto a contribué à d'importants changements dans le discours public, les politiques et la législation qui continuent à avoir un impact durable non seulement pour les travailleurs noirs et les communautés racialisées, mais également pour l’ensemble des communautés. En exigeant qu’on respecte la vie des Noirs et qu’on lui accorde la même valeur et importance que la vie d’autres personnes, le mouvement BLM de Toronto, a ainsi encouragé chacun de nous à condamner les pratiques, en particulier les pratiques systémiques, qui aggravent les inégalités et la violence à l’égard des communautés racialisées. Les mots inspirants de la fondatrice du mouvement BLM de Toronto, Sandra Hudson, incarnent bien cette célébration de la vie Noirs et cet appel à la justice :

« C'est vraiment une drôle d’époque pour être noir n'est-ce pas?… c'est quand même inouï de vivre autant de désolations, les unes après les autres, et de se dire qu’on arrivera à se bâtir un avenir meilleur. » [Traduction libre]

Le 27 février : L’organisation des syndicalistes noirs

La section canadienne de la Coalition of Black Trade Unionists (la section canadienne de la CBTU) a vu le jour à la suite de l’action d’un groupe de syndicalistes qui militaient au sein de leurs syndicats et centrales syndicales pour que le racisme et la discrimination soient traités comme des questions prioritaires non seulement dans les milieux de travail, mais également dans l'ordre du jour de leurs organisations syndicales. Cliquez ici pour en savoir plus.

Au début des années 1980, la section canadienne de la CBTU déploie un effort concerté pour accroître le nombre de sièges réservés aux travailleurs noirs et racialisés au sein des conseils exécutif du Congrès du travail du Canada et de la Fédération du travail de l’Ontario (FTO).

Au congrès de la FTO de 1987, les délégués élisent Herman Stewart au conseil exécutif de l'International Ladies Garment Workers Union. Il est le premier travailleur de couleur à être élu au sein d’une organisation syndicale provinciale.

En 1990, lors de l’assemblée du Congrès du travail du Canada à Montréal, Dory Smith conteste l’ordre établi et réussit à se faire élire en recueillant plus d’un millier de votes. Lors du congrès suivant, le CTC examine la possibilité de réserver un siège à son conseil exécutif pour un travailleur membre d’une « minorité visible », mais ce n’est pas un, mais deux sièges que revendique la section canadienne de la CBTU pour les membres des minorités visibles. Dans le cadre de cette campagne, la section canadienne de la CBTU distribue des épinglettes et incite les membres à avoir le courage de les porter : « Un  + Un = Deux » À la fin du congrès, deux travailleurs racialisés sont élus au conseil du CTC.

La section canadienne de la CBTU soulève également la question de la sous-représentation et de l'exclusion systémique des travailleurs noirs au sein du personnel des syndicats et lance une étude sur les pratiques d'embauche et de sélection des syndicats partout au Canada.

En 1995, la section canadienne de la CBTU demande son affiliation officielle à la Coalition of Black Trade Unionists (CBTU) et obtient son statut officiel en 1996. Le mouvement principal, la CBTU, est affilié à l’American Federation of Labour and Congress of Industrial Organizations, qui représente, en 1981, plus de 50 sections à travers les États-Unis et le Canada.

L'énoncé de mission de la CBTU :

La CBTU cherche à concrétiser le rêve des syndicalistes noirs, qu’ils soient vivants ou décédés, qui tout au long de ce siècle ont lutté courageusement et inlassablement pour bâtir un mouvement national qui rassemblerait l’ensemble de nos forces et divers talents afin afin d’atteindre nos objectifs de justice économique, politique et sociale pour tous les Américains. [Traduction libre]

Dans cette optique, la section canadienne de la CBTU souligne les problèmes graves qui touchent les travailleurs racialisés et leurs communautés, demande au gouvernement fédéral de s'excuser pour les atrocités commises par le Canada dans la traite transatlantique des esclaves, exige que Justin Trudeau prononce des excuses officielles aux Afro-Canadiens et prenne des mesures efficaces de justice réparatrice. http://pridenews.ca/2016/06/28/african-canadians-apology-slavery/

La section canadienne de la CBTU incite les électeurs à s’inscrire sur les listes électorales et prône des politiques dans l'intérêt des travailleurs racialisés et de leurs communautés, notamment un système universel de soins de santé, l'équité en matière d’emploi, des pratiques d'emploi équitables et des programmes sociaux à tous les paliers de gouvernement. Pour les prochaines élections, elle a créé des cartes de déclaration politique sur les enjeux auxquels font face les Canadiens racialisés.

La question de l'incarcération de masse demeure un problème primordial pour la section canadienne de la CBTU puisque les détenus noirs, parmi d'autres tendances inquiétantes, forment le groupe qui connaît la plus forte augmentation au sein du système correctionnel fédéral, avec une hausse de 75 pour cent sur 10 ans. Pour sensibiliser le public au problème de l'incarcération de masse, elle met en exergue l’impact de l'incarcération sur les communautés racialisées, explore les liens entre le racisme anti-Noirs et l'incarcération et encourage le développement de stratégies pour combattre le racisme dans le système de justice pénale, y compris des études sur la suprématie des sociétés privées et des pratiques de sous-traitance dans les prisons.

La section canadienne de la CBTU participe également à une étude novatrice sur le racisme environnemental qui vise à inciter le mouvement syndical et la communauté à s’engager sur les questions des changements climatiques et de l'économie verte. Le projet, qui est élaboré en collaboration avec le projet intitulé Adapting Canadian Work and Workplaces Research Project, a pour objectif d’inciter les syndicalistes noirs et d’autres membres des communautés racialisées à se joindre à la lutte contre le réchauffement climatique. À ce jour, le projet a pris la forme d’une campagne de médias sociaux visant à sensibiliser les militants aux problèmes des changements climatiques et du racisme environnemental.  Pour en savoir plus : www.adaptingcanadianwork.ca/acw-and-black-trade-unionists-launch-environmental-racism-project/

Le 26 février : Les militants d'action communautaire

La coalition de « Jane and Finch Action Against Poverty » [JFAAP] est un groupe local qui lutte au nom des résidents de la communauté pour la justice raciale et la sécurité du revenu. Composée essentiellement de résidents de la communauté, de militants syndicaux et communautaires, cette coalition locale s’attaque à des problèmes tels que la création de bons emplois, l’habitat décent, le travail de la police et la justice alimentaire. Le groupe s’est formé en octobre 2008 à la suite d'un rassemblement à l'intersection de Jane et Finch pour commémorer la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté.

« Même si les résidents de cette communauté sont incroyablement résilients, il y a tant de problèmes structurels que la résilience seule ne peut pas en venir à bout. Nos écoles ont le taux d'expulsions le plus élevé de la ville. Un nombre élevé d’enfants de la communauté dépendent de la protection de l'enfance. Et nos résidents sont, de façon disproportionnée, victimes du fichage de la police et d'autres formes de racisme. » Cliquez ici pour en savoir plus.

  • Sabrina Butterfly Gopaul, militante de la coalition JFAAP et membre du SEFPO

La coalition de JFAAP a mis en lumière les violences récentes et le racisme anti-Noirs des inspecteurs de la Commission de transport de Toronto, qui ont agressé un adolescent noir à la sortie d’un tramway, à proximité de Bathurst et St. Clair, il y a environ une semaine. Les inspecteurs ont appelé la police et plus de 15 policiers sont arrivés sur les lieux. Selon la coalition, cet incident est un exemple de « l'oppression et du racisme systémiques et chroniques qui existent dans la ville ». Grâce aux pressions exercées par la coalition, la Commission de transport de Toronto (CTT) a suspendu l'inspecteur impliqué dans l'altercation et a annoncé qu’elle diligenterait une enquête sur les allégations selon lesquelles l'inspecteur aurait traité les usagers de façon inégale, aurait fait preuve de discrimination, aurait agressé un usager, aurait agi incivilement, aurait discrédité la réputation de la CTT et aurait fait un usage non autorisé de la force physique sur un usager.

La coalition de JFAAP a participé aux manifestations qui ont été organisées pour demander des salaires décents pour les employés de Tim Horton's à l'échelle du Canada, pour obtenir avec succès la fin du programme de visites de la police dans les écoles du Conseil scolaire du district de Toronto, pour attirer l'attention sur les excès de surveillance, de discipline et d’arrestations de jeunes racialisés et pour demander, dans le cadre de la campagne « 15 $ et équité », l'augmentation du salaire minimum, ce qui a contribué aux modifications à la législation du travail et à l'adoption du projet de loi 148.

La coalition a également pris des mesures pour dénoncer le règlement de zonage restrictif dans le quartier de Jane/Finch. Au lieu de favoriser la location de logements à prix abordable, le règlement n’offre que des incitatifs aux développeurs et à l'achat d’un logement. Le règlement proposé prévoit également que les unités de logement ne seront abordables que pour une durée maximale de 30 ans et que seulement cinq pour cent du nombre d'unités ou de la surface hors œuvre brute de tout nouveau bâtiment de plus de 20 unités seront réservées pour des logements abordables. Selon la coalition, non seulement le règlement proposé ne répond pas aux besoins en logement des habitants de Jane-Finch, mais il ne traite pas non plus des problèmes systémiques auxquels font face les membres de la communauté vivant dans la pauvreté.

Sabrina Butterfly Gopaul, militante de la coalition de JFAAP et membre du SEFPO, était conférencière-présentatrice au forum qui a été organisé dans le cadre du Mois de l’Histoire des Noirs, vendredi dernier.

Le 23 février : Les organismes de lutte contre la pauvreté

Depuis 2007, des coalitions telles que la Colour of Poverty-Colour of Change (la COP-COC) et des organismes de recherche et de politique tels que le Centre canadien de politiques alternatives et l'Institut Wellesley plaident pour qu’on traite les enjeux de pauvreté, des revenus et de l'égalité économique en Ontario à travers le prisme de la justice raciale.

La COP-COC est une initiative provinciale qui rassemble des organismes tels que le Conseil ontarien des organismes de service aux immigrants (OCASI) et l’Access Alliance Multicultural Health and Community Service. L’objectif de la COP-COC est de renforcer la capacité communautaire à répondre à la racialisation de la pauvreté, à la hausse des niveaux d'exclusion sociale et à la marginalisation des communautés racialisées sur tout le territoire ontarien.

En 2010, Grace-Edward Galabuzi, qui est membre de la COP-COC et professeur à l'Université Ryerson, a co-écrit une étude novatrice, The Colour-Coded Labour Market. Cette étude a montré que même durant les périodes économiques les plus favorables, l'écart de rémunération entre les personnes racialisées et les personnes non-racialisées est important : les Canadiens racialisés ne gagnent que 81,4 cents pour chaque dollar que gagnent les autres Canadiens non-racialisés. Pour mettre en lumière l’importance de cet écart, la COP-COC a créé les Provincial Racial Justice Report Cards, qui proposaient, entre autres, que les candidats à l'élection fédérale de 2011 soient jugés en fonction des mesures qu’ils proposaient pour traiter de problèmes tels que la discrimination, le racisme systémique et institutionnel.

La COP-COC a de surcroît plaidé pour un examen de la justice raciale dans l'élaboration de la Stratégie ontarienne de réduction de la pauvreté, notamment pour :

  • déterminer clairement que les communautés racialisées sont des populations vulnérables à la pauvreté;
  • surveiller et mesurer les taux de pauvreté chez tous les groupes racialisés grâce à un système de collecte de données désagrégées; et
  • introduire des mesures d'équité en matière d’emploi qui obligent les employeurs à éliminer les obstacles auxquels font face les personnes racialisées.

Dans les rapports qu’elle a remis au Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l’Organisation des Nations Unies, la COP-COC a maintenu que le Canada ne respecte pas ses obligations internationales en ce qui a trait aux droits de la personne et à ses propres lois sur les droits de la personne.

« Ce n'est pas la première fois que nous faisons part de cette préoccupation au Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, mais nos rapports parallèles montrent que très peu de choses ont changé en plus d'une décennie. »

  • Debbie Douglas, directrice exécutive, OCASI

Dans ses rapports, la COP-COC a souligné le fait qu’un « nombre disproportionné de personnes noires et autochtones sont incarcérées. » Elle a notamment mis en évidence des problèmes tels que les lois discriminatoires sur l'immigration qui autorisent la détention à durée indéterminée des personnes pour des motifs d’immigration. En 2016-2017, plus de 6 000 personnes ont été maintenus en détention alors que plus de 90 pour cent d'entre elles n'étaient pas considérées comme une menace pour la sécurité. La COP-COC agit actuellement en qualité d’intervenant dans une affaire devant les tribunaux fédéraux où elle conteste les détentions à durée indéterminée.

En plus de défendre les immigrants qui sont en détention à cause de la loi, la COP-COC a également mis en exergue le fait que les travailleurs agricoles migrants et les personnes soignantes, à l’instar des gardiennes d’enfants, dont la plupart appartiennent à un groupe racialisé, sont également victimes de la législation puisque les travailleurs agricoles migrants n'ont pas accès au statut de résident permanent et que le programme de résidence permanente pour les personnes soignantes a été révoqué en 2014.

La COP-COC a en outre demandé un plan d'action national sur le racisme au Canada afin de mettre fin à la discrimination à l'embauche et d’obtenir des fonds pour les organismes antiracistes. En plus de la collecte de données désagrégées fondées sur la race par tous les gouvernements, la COP-COC demande également que les gouvernement fédéral et provincial éliminent les obstacles à la reconnaissance des diplômes internationaux et modifient le Code des droits de la personne afin de mettre fin à la discrimination fondée sur les données de la police. Un projet de loi privé modifiant le Code a été déposé à l'Assemblée législative de l'Ontario en 2017. Le projet de loi propose des modifications qui incluent la situation sociale, le dossier de police, les caractéristiques génétiques et le statut d’immigrant au nombre des motifs de protection des personnes.

La COP-COC a également mis de l'avant une proposition législative, l’Act respecting Anti-Racism in Ontario, afin de demander à la nouvelle Direction générale de l’action contre le racisme et au gouvernement de l'Ontario d'élaborer une stratégie publique de lutte contre le racisme avec des objectifs et des cibles mesurables, notamment en ce qui concerne le racisme systémique dans la province; un examen régulier de la stratégie et des consultations avec les communautés racialisées.

Le 22 février : la réforme du système d'immigration

Grâce à une mobilisation massive, qui est le fruit du travail d’organisations telles que No One is Illegal (NOI) et Justicia for Migrant Workers, des progrès importants ont été réalisés pour réformer le système d’immigration.

Depuis plus de deux décennies, NOI organise des campagnes pour mettre fin aux déportations et détentions. NOI remet en question les politiques d'immigration injustes, dénonce l'exploitation des travailleurs migrants et temporaires dans les milieux de travail et attire l'attention sur les impacts environnementaux et économiques qui obligent les travailleurs migrants et temporaires à se déplacer. Depuis l’an 2000, NOI a remporté des victoires décisives à Toronto par le biais de ses campagnes : « Education Not Deportation » et « Shelter Sanctuary Status ». À la suite de ces campagnes, le Conseil scolaire de district de Toronto a élaboré des lignes directrices afin de veiller à ce que les élèves sans statut d'immigration puissent aller à l'école. De façon similaire, le travail d'organisation qui a été effectué en faveur des femmes migrantes dans les refuges a permis de protéger les femmes qui ont fui une situation de violence.

L’organisation Justicia for Migrant Workers voit le jour en 2002 à la suite de l’intervention de militants dans un conflit de travail dans la région de Leamington, en Ontario, qui aboutit au rapatriement hâtif de plus de 20 travailleurs. Le travail d’organisation, qui est effectué sur le terrain, dans la région de Leamington, par les bénévoles qui recueillent des renseignements sur le logement de ces travailleurs, leurs conditions de travail et leur accès aux prestations, attire l'attention de plusieurs responsables du gouvernement. Ces renseignements servent à rédiger la base d’un mémoire sur les travailleurs agricoles migrants qui est remis au ministre du Travail. Depuis, Justicia for Migrant Workers fait campagne pour défendre le droit des travailleurs migrants à l'assurance-emploi et à la citoyenneté, pour l’instauration de normes minimales du travail, et pour le droit de contester les représailles de l'employeur et de négocier collectivement.

À la suite de pressions constantes exercées par les travailleurs migrants et leurs défenseurs, il y a eu d’importants progrès législatifs. En 2013, la Cour supérieure du Québec conclut dans son jugement que l’exclusion des travailleurs agricoles des négociations collectives sur les fermes ayant trois employés ou moins sur une base annuelle est inconstitutionnelle.

Récemment, la Commission de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail (CSPAAT) a également changé le programme de prestation des soins de santé aux travailleurs migrants blessés en Ontario et dans leur pays d'origine. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Grâce au Programme des travailleurs agricoles saisonniers (PTAS) et au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), les travailleurs agricoles peu spécialisés peuvent accéder à des prestations de soins de santé telles que le transport (aller-retour) à des rendez-vous médicaux, le droit de parler en privé avec un médecin et d'avoir accès à un service d'interprétation.

Ce mois-ci, dans son jugement dans l’affaire, Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail c. Caron, 2018 CSC 3, la Cour suprême du Canada a confirmé la décision de la Cour d'appel du Québec et a rendu une décision concernant l’obligation de l’employeur de prendre des mesures d’accommodement raisonnables lorsqu'un employé est victime d'un accident du travail. Bien que tous les employeurs de l'Ontario aient le devoir de coopérer et de faire des efforts pour faciliter le retour au travail, seuls les employeurs ayant plus de 20 employés ont l'obligation de réembaucher un travailleur après une lésion. Le travailleur doit avoir travaillé sans interruption depuis au moins un an avant son accident. Parce qu'ils sont souvent et rapidement mis à pied ou rapatriés après une blessure et n’ont que peu de soutien pour défendre leurs droits, à l’exception de la CSPAAT, les travailleurs migrants et temporaires bénéficieraient amplement d'une application plus rigoureuse de l’obligation d’accommodement.

Le 21 février : Le soulèvement de la rue Yonge

Le 1er mai 1992, quatre agents de police de Los Angeles sont acquittés du tabassage violent, qui avait été filmé par un vidéaste amateur, d'un automobiliste noir, Rodney King. D’importantes émeutes éclatent immédiatement à Los Angeles.

Deux jours après le verdict, un autre homme noir, Raymond Lawrence, est tué par balle par un agent banalisé de la police de Toronto. La fusillade mortelle de Raymond Lawrence se produit également peu de temps après l'acquittement, cette année-là, de deux agents de la Police régionale de Peel qui étaient jugés pour le meurtre au deuxième degré par balle d'un adolescent noir, Michael Wade Lawson. Le jury n’était composé d’aucune personne racialisée ni noire.

La mort par balle de Michael Wade Lawson n'est que la dernière d'une série de fusillades mortelles visant des Noirs dans la région de Toronto sur une période de 15 mois. Parmi les victimes, Lester Donaldson, un homme atteint de troubles de santé mentale, qui est tué dans sa maison de chambres alors qu’il n’est pas armé.

Le 4 mai, le Black Action Defence Committee (BADC) organise une manifestation pacifique devant le consulat des États-Unis, sur l'avenue University, où les manifestants font un « sit-in » de 45 minutes avant d’aller manifester devant l'Hôtel de Ville. Après les discours, les manifestants retournent sur la rue Yonge. À ce moment-là, la foule compte déjà plus d’un millier de personnes. Des casseurs et des vandales, qui se sont mêlés aux manifestants, brisent des vitrines et s’en prennent à la police. Akua Benjamin, un militant du BADC et professeur à Ryerson, déclare : « Ce soulèvement visait à dénoncer la brutalité policière, le racisme et l'indifférence à l'injustice de l'establishment politique. »  [Traduction libre] 

Au lendemain du soulèvement, le gouvernement néo-démocrate nomme Stephen Lewis pour enquêter sur les relations interraciales en Ontario. Dans son rapport, il souligne la systématisation du racisme anti-Noirs que la communauté et les militants syndicaux avaient mis de l’avant pour lancer « l'esprit de résistance de la communauté noire ». Dans son rapport, il formule également des recommandations sur le racisme systémique dans le système de justice pénale, l'application de la loi, les secteurs de l'emploi et de l'éducation.

Certaines des recommandations du rapport sont mises en œuvre dans les 12 mois suivant sa publication, à l’instar d’une enquête de 3 ans dans le système de justice pénale de l'Ontario à l'automne 1992. Un an plus tard, le gouvernement provincial adopte également une législation sur l'équité en matière d’emploi qui encadre les activités des entreprises et du secteur public – ce qui clôture avec succès la lutte acharnée de nombreux militants syndicaux et communautaires. Malheureusement, un grand nombre de ces acquis seront démantelés par le nouveau gouvernement de Mike Harris. En 1995, par exemple, la législation sur l'équité en matière d’emploi est abrogée.

Le documentaire : It takes a Riot: Race, Rebellion and Reform, co-écrit par Simon Black, professeur adjoint, Études du travail, Université Brock, explore les événements du 4 mai 1992, le contexte historique, l'impact politique et la pertinence des luttes contre le racisme envers les Noirs à cette époque.

  • Références bibliographiques : Simon Black, « Yonge Street ‘Riot’ Remembered », Now Magazine, Toronto, le 2 mai 2017.

Le 20 février : Le mouvement contre l'apartheid

Entre 1980 et 1990, de nombreuses manifestations contre l’apartheid ont lieu en Ontario et les groupes anti-apartheid prennent rapidement de l’ampleur. Durant cette période, les entreprises canadiennes qui font des affaires avec l'Afrique du Sud font l’objet de pression intense de la part des consommateurs qui les exhortent à boycotter le régime et à mettre fin à leurs investissements. Les campagnes sont bien orchestrées et ciblent tant le racisme dans le Toronto Sun que les investissements du fonds de pension des employés de la Ville de Toronto dans des sociétés sud-africaines.  Des groupes, comme le Centre d'information et de documentation sur le Mozambique et l'Afrique australe (CIDMAA) et le Comité de Toronto pour la libération de l'Afrique du Sud (TCLSAC), produisent des supports éducatifs qui constituent des ressources essentielles pour le mouvement contre l’apartheid. Le CTC et des groupes, tels que le South African Congress of Trade Unions (SACTU), lancent les campagnes « Organize or Starve » et « Trafficking in Apartheid: the Case for Canadian Sanctions against Apartheid » et élaborent des documents de référence pour le mouvement.

Au début des années 1980, le Fonds international de défense et d'aide pour l'Afrique Australe (le Fonds international) s’établit au Canada et en 1984, l'organisation compte plus de 10 000 partisans. En collaboration avec d’autres groupes tels que le Comité de Toronto pour la libération de l'Afrique du Sud, le Fonds International continue à faire pression sur les quatre grandes banques à charte canadiennes, ainsi que sur les sociétés de sécurité et les coopératives de crédit, afin qu’elles arrêtent de prêter de l’argent à l'Afrique du Sud (ce qu’elles accepteront finalement en 1984!). Le Fonds international prend également des mesures pour veiller à ce que les banques se conforment à la politique de refus des prêts à Afrique du Sud et de désinvestissement.

La plus grande conférence anti-apartheid est organisée au Canada, à Ottawa, du 7 au 9 mai 1982. Plus de 500 participants représentant des groupes de l'Ontario, des organismes québécois et des syndicats se réunissent pour discuter des derniers développements en Afrique du Sud, en Namibie et du rôle du gouvernement canadien en Afrique du Sud. Ils élaborent également un plan d'action afin de continuer leur travail de solidarité. L'objectif déclaré de la conférence était de « mobiliser afin de soutenir le Congrès national africain (ANC) et l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO) à l'échelle du Canada et d'examiner le rôle du gouvernement canadien en tant que « groupe de contact » et médiateur entre l'Afrique du Sud et la SWAPO. » Parmi les orateurs de la conférence, citons Alfred Nzo et Thabo Mbeki de l'ANC, et Hidipo Hamutenya de la SWAPO.

Des organisations de défense des Noirs qui combattent l’apartheid, telles que la Coalition de Toronto contre l’apartheid et les Canadians Concerned about Southern Africa (CCSA) jouent un rôle de premier plan pour sensibiliser la population noire et critiquer les institutions canadiennes qui appuient le régime de l’apartheid.

« Il y a eu une éruption spontanée de solidarité. Chaque fois que les gens manifesteront pour dénoncer l'injustice à l’avenir, on évoquera le nom de Mandela. » [Traduction libre] 
–      Lennox Farrell, militant anti-Apartheid

Particulièrement actifs sur les campus universitaires, ces organisations organisent des manifestations à l'Université de Toronto lorsque Glen Babb, l'ambassadeur sud-africain, est invité à s'exprimer sous le couvert de la liberté d'expression. L’éminente avocate des droits de la personne, Yola Grant déclare : « Nombre d'entre nous l’ont pris comme une provocation. » [Traduction libre] 

La Coalition de Toronto contre l’apartheid et les CCSA combattent également le racisme au sein même de leur mouvement. Yola Grant souligne le fait que les militants noirs étaient en colère contre les CCSA qui, selon eux, avaient fait des célébrations annuelles de la Journée mondiale de l'Afrique une « affaire de Blancs ». Ces groupes organisent également des manifestations clandestines, à l’instar du militant anti-apartheid, Lennox Farrell, qui vérifie à la caisse des épiceries et des magasins, dans sa communauté de Jane et Finch, qu’il n’y aucun produit fabriqué en Afrique du Sud dans ses provisions. Lorsque c’est le cas, il les laisse, bien en évidence, à la caisse.

Kofi Hope (2011), « In Search of Solidarity: International Solidarity Work between Canada and South Africa 1975-2010 », St Antony’s College, Oxford University

Le 16 février : Le Collectif des femmes noires

Les membres du Collectif des femmes noires (le Collectif), qui est actif à Toronto entre 1986 et 1989, combat à la fois le sexisme et le racisme tout en s’impliquant auprès de plusieurs autres organisations féministes. Le Collectif est composé de syndicalistes et de militantes communautaires : Faith Nolan, Dionne Brand, Afua Cooper, Patricia Hayes, Grace Channer, Debbie Douglas, Pauline Peters, et June Gabriel.

Le Collectif participe à la création de la Coalition des femmes contre le racisme et la violence policière qui condamne les tirs de la police sur Sophia Cook (27 octobre 1989), sur Lester Donaldson (9 août 1988) et sur Michael Wade Lawson (8 décembre 1988), qui ont eu lieu sur une période de 15 mois.

Le 16 décembre 1989, lors d'un rassemblement contre le racisme et les violences policières, le collectif publie la déclaration suivante : « Cela fait deux mois que Sophia Cook a reçu une balle et il y a dix ans que la communauté noire lutte pour obtenir la création d’un organisme d'enquête civil et indépendant. Depuis les dix dernières années et le début de la première vague d'homicides commis par la police, la communauté noire a payé un lourd tribut à la brutalité d'un système de police qui refuse de reconnaître le racisme dont les policiers font preuve envers la communauté noire… » [Traduction libre]

Lire la déclaration du Collectif de 1989 : PDF iconblackwomenscollective-dec1989

Le Collectif publie également un journal « Our Lives: Canada’s First Black Women’s Newspaper. » Le but du journal est de fournir une tribune aux femmes noires afin qu’elles puissent discuter des problèmes qu'elles rencontrent dans leur vie quotidienne, partager leurs expériences et exprimer leurs revendications. Dans son numéro de mars 1989, le Collectif plaide, par exemple, pour une augmentation du salaire minimum parce que « les femmes noires sont les victimes d’un système économique qui les cantonne à des emplois précaires et mal rémunérés qui échappent aux mesures de discrimination positive ou d'équité salariale… », telles que le droit au travail; un système de garde d’enfants universel, une amnistie pour les femmes sans statut et « en situation de clandestinité ». [Traduction libre]

Bien que le Collectif fasse campagne pour mettre en évidence des questions qui touchent les femmes noires en particulier, ses membres se battent pour la reconnaissance de l'égalité des femmes noires au sein de la société canadienne, mais aussi au sein du mouvement de défense des femmes lui-même. Elles proposent d'entamer un dialogue pour changer l’activisme féministe des années 1980, largement représenté par la classe moyenne blanche, afin d’aller vers une plus grande ouverture et compréhension des communautés racialisées. La Coalition avait déclaré « qu’elle estimait que les contradictions soulevées à la Coalition de cette année étaient/sont des étapes nécessaires pour jeter les fondations de la solidarité féminine. C’est inévitable…on doit en passer par là afin de pouvoir les analyser et les comprendre. En d'autres mots, nous devrons gagner notre solidarité féminine. » [Traduction libre] En collaboration avec la Coalition des femmes appartenant à une minorité visible et la branche Torontoise du Congrès des femmes noires, le Collectif s'implique dans l'organisation de la Journée Internationale des Femmes de 1989 et propose la pauvreté comme thème principal pour cette journée.

Le 15 février : L’Alliance pour l'équité en matière d'emploi

Fondée en 1987, l'Alliance pour l'équité en matière d’emploi représente plus d'une centaine de groupes communautaires et d’organisations syndicales. L'objectif principal de l'Alliance est de faire pression sur le gouvernement de l'Ontario pour qu’il légifère afin de mettre en place l'équité en matière d'emploi et de la faire appliquer.

Afin de souligner l'urgence d'adopter une législation sur l'équité en matière d’emploi, l'Alliance organise des manifestations, des conférences, et interrompt même le petit-déjeuner qui était animé par le secrétaire d'État à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale.

« Cette alliance entre les organisations syndicales et communautaires fonctionnait bien. Les organisations syndicales avaient le point de vue de la communauté. C’était très utile pour comprendre les défis… » [Traduction libre]

  • June Veecock, représentante syndicale à l'Alliance

L'Alliance travaille en étroite collaboration avec Bob Rae pour élaborer le cadre d'un projet de loi privé – le projet de loi 176 – qui sera adopté plus tard : la Loi de 1993 sur l'équité en matière d'emploi.  La Loi garantit que les employeurs et les employés doivent déterminer et supprimer les obstacles à l'emploi qui désavantagent historiquement certains groupes – les femmes racialisées, les Autochtones et les personnes handicapées. L'Alliance lutte non seulement pour les principes d'équité, mais aussi pour que les employeurs ne demandent pas simplement à leurs employés de s'intégrer à l’environnement de travail, mais qu’ils valorisent la diversité, leurs contributions, leur expérience et leurs compétences.

En 1995, le gouvernement conservateur se lance dans le démantèlement de la Loi de 1993 sur l'équité en matière d'emploi. Le gouvernement conservateur commence par supprimer la référence aux « groupes désignés » dans la loi et présente le projet de loi 8 : la Loi de 1995 abrogeant le contingentement en matière d'emploi et rétablissant en Ontario les pratiques d'emploi fondées sur le mérite. L'Alliance riposte. Elle fait valoir que le projet de loi 8 est un moyen de discréditer l'équité en matière d'emploi avant même qu’elle soit complètement mise en place. Prétendre qu’il s’agissait d’un « système de quotas » était tout simplement faux, puisqu’il n’en avait jamais été question dans la Loi de 1993 sur l'équité en matière d’emploi; au contraire, la Loi obligeait les employeurs à fixer des objectifs réalisables relativement à la représentation des groupes désignés afin de mettre fin à la discrimination dont ils étaient victimes.

  • Références bibliographiques : Gayle MacDonald et Rachel L. Osbourne (2005) « An Attempt to Save Employment Equity: Community Advocacy Versus the Ontario Government », Feminism, Law, Inclusion: Intersectionality in Action. Sumach: Salome Lukas et Judy Vashti Persad (2004), Through the Eyes of Workers of Colour: Linking Struggles for Social Justice. Un projet réalisé par des femmes qui travaillent avec des femmes immigrantes et le Conseil du travail de district de Toronto.

Le 14 février : Les coalitions contre le racisme

Au début des années 1980, de nombreuses organisations antiracistes voient le jour à la suite du décès d’Andrew « Buddy » Evans, qui a été tué par un agent de police devant une discothèque de la rue King Ouest, et du décès d'Albert Johnson, qui a été tué dans son appartement par deux agents de police.  Des organisations, telles que le Comité pour l'égalité raciale, le Comité d'action de Riverdale contre le racisme et la Coalition de Parkdale contre le racisme, demandent que la police soit soumise à une reddition de comptes bien plus importante. En raison de la montée soudaine des groupes haineux d'extrême droite à travers le Canada, les coalitions se mobilisent également pour rapporter et dénoncer les attaques racistes des néo-nazis envers les nouveaux immigrants et les membres des communautés LGBTTIAQQ2s.

En 1993, la Coalition de Toronto contre le racisme, une nouvelle coalition composée de femmes, de personnes racialisées et de gais et lesbiennes, réagit immédiatement à l'agression qui a failli être fatale à Sivarajah Vinasithamby. La violence de l’attaque des néo-nazis laisse le travailleur et réfugié Tamoul, originaire du Sri-Lanka, paralysé et avec des lésions cérébrales. À l'époque, la Coalition de Toronto contre le racisme organise également des manifestations pour dénoncer le racisme systémique dans la police qui a coûté la vie à deux hommes noirs, Ian Coley et Albert Moses, tombés sous les balles des policiers.

La même année, la Coalition de Toronto contre le racisme dénonce les motivations raciales qui sont à l’origine de ce qu’on appellera plus tard l’« affaire somalienne ». Des photos choquantes du meurtre de Shidane Arone, un adolescent somalien, dans l’enceinte du Régiment aéroporté du Canada en Somalie, sont publiées. Avec d'autres organisations syndicales et de défense des droits humains, la Coalition de Toronto contre le racisme demande la tenue d'une enquête publique. L'enquête révèlera qu’il existe une culture de racisme et de haine dans le Régiment aéroporté du Canada, comme le prouvent les rituels d'initiation raciste, les photos et vidéos dégradantes, les déclarations néo-nazies et l’affiliation de militaires du Régiment à des groupes haineux.

La Coalition de Toronto contre le racisme mène également de nombreuses actions pour demander des changements dans la police et des réformes des systèmes d'immigration et économiques. Lors de la promulgation du projet de loi C-44 en 1993, qui avait été présenté au lendemain de la fusillade du café « Just Desserts », la Coalition de Toronto contre le racisme se mobilise pour contester la perception publique et la législation. Du fait que les médias font porter le blâme de la fusillade sur les immigrants jamaïcains, un certain émoi s’empare de la population et l’opprobre finit par rejaillir sur la communauté noire.

Le projet de loi C-44 renforce les mesures de contrôle envers les immigrants et permet au ministre de l'Immigration de décider si un résident permanent constitue une « menace pour la sécurité publique » et par conséquent, de délivrer une ordonnance d’expulsion sans droit d'interjeter un appel. Ces mesures visent les personnes coupables d'une infraction et condamnées à une peine d'emprisonnement. Les syndicalistes et les activistes communautaires font valoir que le projet de loi C-44 montre que les stéréotypes à l’égard des communautés racialisées sont associés à la criminalisation des Noirs, en particulier des immigrants jamaïcains, afin de justifier leur expulsion.  À l'époque, le Canada procède à un nombre sans précédent d'expulsions pour cause de « criminalité ». Entre juillet 1995 et décembre 1997, les Jamaïcains représentent la majorité (plus de 40 pour cent) des personnes qui sont déportées du Canada parce qu'elles ont été déclarées comme dangereuses pour la société.

Le 13 février : Le Comité contre l’expulsion des femmes immigrantes

Le Comité contre l’expulsion des femmes immigrantes a été créé en 1976 en raison de l’augmentation du nombre d’expulsions de femmes noires des Caraïbes. À l'époque, le Comité prend la défense de neuf femmes de la région des Caraïbes qui sont accusées d’avoir fait de fausses déclarations sur leurs formulaires de demande d'immigration au Canada à titre de travailleuses domestiques. Des travailleuses de la communauté noire et des militantes syndicales se mobilisent pour défendre leur cause, notamment des membres du SCFP, du SEFPO et plusieurs autres syndicalistes, dont Carolyn Egan, Deb Parent, Dionne Brand et Makeda Silvera.

Le Comité publie également un exposé de position qui soutient que les immigrantes sont utilisées comme une main-d'œuvre à bon marché par plusieurs sociétés canadiennes : Noranda Mines, Inco, Falcon Bridge, Alcan et la Banque Canadienne Impériale de Commerce.  Ces travailleuses racialisées étaient forcées de travailler pour des salaires qui étaient inacceptables pour la plupart des Canadiens. En outre, les efforts qui avaient été déployés par le passé pour les organiser étaient minés par la menace qui pesait sur leurs statuts d'immigrantes à titre de travailleuses au Canada. Les travailleuses immigrantes étaient, de surcroît, les parfaites « boucs émissaires » pour le taux de chômage élevé au Canada. Alors qu’il accordait des aides généreuses à la Jamaïque, le Canada continuait, en même temps, à expulser des femmes jamaïcaines et leurs enfants et à aggraver ainsi les problèmes économiques du pays.

  • Références bibliographiques : Sherona Hall (1977), « Exposé de position : Committee Against the Deportation of Immigrant Women » et Salome Lukas et Judy Vashti Persad, Through the Eyes of Workers of Colour: Linking Struggles for Social Justice. Un projet réalisé par des femmes qui travaillent avec des femmes immigrantes et le Conseil du travail de district de Toronto.

Le 12 février : Le Comité des 34 métallurgistes congédiés par Milrod

La grève qui a touché l’aciérie Keith Milrod Metals en 1976 montre comment une communauté racialisée a joué un rôle de chef de file pour mobiliser et soutenir les travailleurs de couleur victimes d’un conflit de travail majeur.

En 1976, l’aciérie canadienne Keith Milrod Metals, qui emploie un grand nombre de travailleurs noirs, est rachetée par une société américaine. Le nouvel employeur fixe les seuils de production à un niveau tellement élevé que la plupart des métallurgistes n'arrivent pas l’atteindre. Le directeur de l'usine, qui se fait appeler « 007 » en référence au personnage de James Bond, va jusqu'à traiter les travailleurs de « mulets ». Pour instaurer un climat de peur parmi le personnel, la direction met à la porte 33 travailleurs noirs et un autre d'origine sud-asiatique qui a la réputation d’être le militant le plus actif. Plusieurs activistes de la communauté noire, dont Owen Leach, Lennox Farrel, et Sherona Hall, forment le Comité des 34 métallurgistes congédiés par Milrod et organisent la mobilisation et le soutien au sein de la communauté et des travailleurs.  De nombreux militants syndicaux et des groupes communautaires se joignent à la lutte.

« Par une journée d’hiver glaciale, nous avons fait du piquetage devant l'usine dans un froid épouvantable; le sol couvert d’une glace lumineuse reflétait les rayons éblouissants du soleil. » Sherona Hall, activiste communautaire.

Une plainte est déposée auprès de la Commission des relations du travail, mais la commission juge que les mesures prises par Milrod Metals sont autoritaires, mais légales. La décision, qui est portée en appel, est confirmée. Une plainte auprès de l'Ombudsman permet finalement d’obtenir des petites compensations pour les travailleurs en raison des « désagréments ».

  • Références bibliographiques : Salome Lukas et Judy Vashti Persad (2004), Through the Eyes of Workers of Colour: Linking Struggles for Social Justice. Un projet réalisé par des femmes qui travaillent avec des femmes immigrantes et le Conseil du travail de district de Toronto.

Le 9 février : Résistance à Africville

Africville était une petite communauté composée essentiellement de familles noires, située sur la rive sud du bassin de Bedford, en périphérie d’Halifax, qui a existé de 1848 jusqu'à sa démolition en 1964.  Des centaines de familles noires s'étaient installées dans cette communauté très soudée.

Jusqu'à sa destruction ordonnée par la Ville d'Halifax, la communauté avait son magasin, son école, son bureau de poste et son église. Les résidents d’Africville, qui ne jouissaient pas des mêmes services municipaux que les autres résidents d’Halifax, tels que les égouts, l’accès à l’eau potable et la collecte des ordures ménagères, ont protesté à maintes reprises pour demander des services de base à la municipalité.  Dans la communauté, on avait pour habitude de dire : « À fin de la route goudronnée, c’est Africville. »

La Ville a commencé par aggraver les préoccupations et la situation environnementales de la communauté en construisant de nombreux aménagements indésirables à Africville et dans les environs, entre autres, un hôpital spécialisé dans les maladies infectieuses, une prison et un dépotoir. Les résidents d'Africville ont continué à résister, à demander des services de base et à s’opposer à l'industrialisation de leur communauté. Certains résidents allaient à la décharge pour récupérer et réparer des objets réutilisables qu’ils revendaient parfois aux personnes mêmes qui les avaient jetés là.

Au lieu de leur procurer des services municipaux, la Ville d’Halifax a finalement décidé de déplacer les résidents de la communauté. Plusieurs rapports, qui avaient été commandés par la Ville, soulignaient le besoin d’une « rénovation urbaine » afin de mettre en valeur le « potentiel et l'utilisation des terres en supprimant les zones surpeuplées ». En d'autres mots, les rapports appuyaient le développement d'industries et d'infrastructures dans ce secteur au détriment des résidents noirs qui vivaient dans cette communauté depuis plus d'un siècle.

La décision de déplacer les résidents d’Africville a été prise entre 1962 et 1964. Il est regrettable que les droits de la personne aient été mis de l’avant pour justifier un tel déplacement. On a dit aux résidents et au gouvernement que la réinstallation permettrait d'améliorer le niveau de vie de la plupart des gens.  Le processus a été mis en œuvre sans véritable consultation de la communauté et il a ensuite été rapporté que 80 pour cent des gens n’avaient eu aucun contact avec le Comité consultatif des droits de la personne d’Halifax, le groupe chargé de consulter la communauté.

Lorsque les procédures de réinstallation ont commencé, les quatorze résidents qui étaient en possession d’un titre de propriété ont reçu une compensation équivalente à la valeur de leur maison. Tous les autres qui n'avaient pas de titre de propriété ont eu droit à cinq cents dollars et à la promesse d’un suivi de leur dossier qui ne s'est jamais concrétisé. Nombre de résidents ont résisté aux expulsions et le processus de réinstallation a duré plus de trois ans.

Par la suite, les résidents d'Africville ont réclamé justice et demandé réparation, ce qui a conduit à l'une des plus anciennes et longues affaires de droits civils au Canada. En 2010, un règlement est intervenu et le maire d’Halifax a présenté des excuses publiques pour la destruction d’Africville et l’église Seaview a été reconstruite sur le site de l’ancienne communauté d'Africville. Un recours collectif est actuellement en cours pour demander réparation et un règlement individuel pour les résidents à titre de compensation pour l'expropriation de leurs terres.

Pour en savoir plus sur l’histoire d’Africville, regardez le documentaire, Remember Africville, en ligne à :https://www.nfb.ca/film/remember_africville/

• Références bibliographiques : Musée canadien pour les droits de la personne : https://humanrights.ca/blog/black-history-month-story-africville; « Africville: Nova Scotia's string of broken promises » : http://rabble.ca/news/2009/06/promises-broken-one-nova-scotians-struggle; « Halifax ignored rules on Africville, lawyer says as 1960s razing heads to court » : https://globalnews.ca/news/3093582/class-action-sought-after-expropriation-of-black-community-in-halifax-in-1960s/

Le 8 février : L'émeute raciale de l’Université Sir George Williams

On considère généralement que l’« affaire Sir George Williams » est la résultante du Congrès des écrivains noirs qui s’est tenu à Montréal en 1968. Le Congrès, qui était dédié à Malcolm X et à Martin Luther King, soulignait le fait que la communauté noire du Canada était traitée comme un peuple colonisé, qui devait s'affranchir en se mobilisant pour acquérir son indépendance économique et pour bâtir une société non raciste sans distinctions de classes et de privilèges.

Au printemps 1968, des étudiants noirs de l’Université Sir George Williams (aujourd’hui l'Université Concordia) déposent une plainte et accusent leur professeur blanc, Perry Anderson, de discrimination raciale dans ses évaluations. Afin de pouvoir intégrer l’école de médecine, les étudiants devaient absolument réussir ce cours de biologie et de laboratoire qui était enseigné par le professeur Anderson. En infligeant des mauvaises notes à ses étudiants noirs, il ruinait non seulement leur réussite scolaire, mais également tous leurs espoirs de faire carrière en médecine.

« Monsieur Anderson s’adressait aux étudiants noirs en les appelant monsieur Fredericks et monsieur Mossop, alors qu’il appelait les étudiants blancs par John ou Marie. Il faisait échouer régulièrement huit ou neuf étudiants noirs. Les étudiants noirs étaient perçus comme étant intellectuellement inférieurs et dans la classe de monsieur Anderson, nous étions condamnés d’avance à l’échec. » [Traduction libre]
– Rodney John, un des plaignants à l'origine de l’affaire, dans le documentaire intitulé : Neuvième étage.

Convaincus du racisme de leur professeur et en l'absence de réponse à leurs plaintes, les étudiants organisent un mouvement de protestation pacifique dont le point culminant est l’occupation du laboratoire informatique de l’université par 400 étudiants.

Le « sit-in » des étudiants dure 14 jours, le plus long de l'histoire du pays, et mène à l'arrestation de 97 étudiants. Après plus de 10 mois d’inaction, l'Université finit par accepter la création d'un comité pour enquêter sur les allégations. Mais les audiences créent la controverse parmi les étudiants qui n'ont pas été consultés sur les représentants qui siègent au comité. Les étudiants affirment de surcroît que l'Université n’a élaboré aucunes lignes directrices claires ni de procédures pour conduire les audiences. Le 29 janvier 1969, six des plaignants à l’origine de l’affaire et environ 200 autres étudiants quittent la salle d'audience pour montrer leur mécontentement et exigent une interruption des audiences. Après le rejet de leurs revendications, les étudiants montent au 9e étage pour occuper le laboratoire informatique. L'occupation se propage au salon des professeurs au 7e étage. Certains étudiants, professeurs et membres de la population, hostiles à la manifestation, lancent des commentaires racistes : « Renvoyez les n..s chez eux! ».  [Traduction libre]

Le 10 février, les négociations entre les étudiants et les avocats de l'administration universitaire mènent à un règlement provisoire. À l’annonce du règlement, plusieurs étudiants quittent les lieux et moins d’une centaine d’entre eux sont encore dans les locaux lorsqu'à la 11e heure, les négociations tombent dans l’impasse. Ces derniers manifestants barricadent les escaliers, bloquent les ascenseurs, coupent les lignes de téléphone et menacent de détruire le laboratoire en cas d’intervention de la police.

Le jour suivant, les étudiants qui protestent sur le trottoir sont agressés et arrêtés par la police et des citoyens ordinaires.

« J'étais à l'extérieur de l'Université et j’ai compris, pour la première fois, ce que tu ressens quand tu es en face d’une foule de Blancs et que ta vie est en jeu. »  [Traduction libre]
– Documentaire le Neuvième étage

Alors que des manifestants sont encore dans le laboratoire et que l'escouade antiémeute arrête les premiers étudiants, un incendie éclate mystérieusement. Des millions de cartes informatiques et d'autres documents passent par la fenêtre et atterrissent sur le boulevard Maisonneuve en contrebas. Le laboratoire est pris d’assaut par la police qui arrête 97 personnes. Les étudiants noirs font l’objet des accusations les plus graves – séquestration, conspiration visant à détruire des biens, extorsion – et pour certains, une peine de prison à vie.

Pour voir des images d’archives qui montrent les étudiants à la fin de la manifestation, cliquez ici : https://concordia.accesstomemory.org/prelude-to-sir-george-williams-university-computer-centre-riot

Pour en savoir plus sur le documentaire primé sur l’émeute raciale de l’Université Sir George Williams, Neuvième étage, cliquez ici : https://www.nfb.ca/film/ninth_floor/

• Références bibliographiques : Documentaire, Neuvième étage, de Mina Shun et Selwyn Jacob et CBC News, 15 février 2014, « A look back at Montreal's race-related 1969 Computer Riot », http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/a-look-back-at-montreal-s-race-related-1969-computer-riot-1.2538765

Le 7 février : La ligue nationale des Noirs du Canada

La ligue nationale des Noirs du Canada (La ligue) a vu le jour à la suite du Congrès des écrivains noirs qui s’est tenu à Montréal en 1968. Le Congrès, qui était dédié à Malcolm X et Martin Luther King, mettait l’accent sur le besoin d'équité dans les domaines de l'éducation et de l'emploi et d'une politique nationale de logement pour éliminer la discrimination dans le domaine du logement. On y dénonçait l’influence du pouvoir économique sur le pouvoir politique et on appelait à la formation d'un organisme national de coordination des Noirs.

En 1969, La ligue comprend vingt-huit organisations qui ont pour objectif d’éliminer toutes les formes de discrimination raciale dans la société canadienne, de développer le sentiment d’appartenance par l'inclusion de programmes d'études sur l’histoire des Noirs et de favoriser la communication et la coopération avec les communautés noires d'autres pays sur des questions d'intérêt commun, telles que le panafricanisme et la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud.

« La ligue nationale des Noirs du Canada était très, très dynamique…Nous travaillions d’arrache-pied pour rassembler la communauté noire, … Nous [avions l’espoir de] défendre les préoccupations des Canadiens noirs partout au Canada… » [traduction libre]

La ligue était basée à Toronto et son premier président fut Howard McCurdy, professeur à l'Université de Windsor. Howard McCurdy a été le premier enseignant noir à obtenir sa titularisation dans une université canadienne. Jean Augustine (qui fut ensuite la première femme noire à être élue à la Chambre des communes et à servir comme ministre dans un Cabinet fédéral) a été trésorière de la section de Toronto et co-présidente du comité des relations avec les médias.

En tant que président de La ligue, Wilson Head a témoigné devant le Comité spécial mixte sur la Constitution du Canada (1981) pour défendre d'éventuels amendements à la Constitution. Jusqu'à ce jour, aucune organisation nationale (à l’exception possible des Canadiens d’origine japonaise) n’avait représenté les intérêts des communautés raciales aux débats sur la Constitution.

La ligue a également dénoncé les violences policières envers les communautés raciales et a appelé à la suspension de l'agent de police qui avait tiré sur Albert Johnson, à Toronto, en 1979.

En 1980, La ligue présente un mémoire au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui critique le manque de représentation des Noirs à la télévision et à la radio et l'absence de possibilités d'emploi pour les Noirs dans les médias.

La ligue est dissoute en 1984 en raison de divisions internes et de problèmes de financement.

  • Références bibliographiques : Clara Thomas Archives, Université York, en ligne : archives.library.yorku.ca/exhibits/show/pushingbuttons/black–caribbean-community/national-black-coalition-of-ca and Agnes Calliste (1996) « Anti-Racism Organizing and Resistance: Blacks in Urban Canada, 1940s-1970s », City Lives and City Forms: Critical Research and Canadian Urbanism, Jon Caulfield et Linda Peake.

Le 6 février : La National Unity Association (NUA)

À Toronto et à Montréal, la lutte des Noirs contre les politiques d'emploi discriminatoires conduit à l’adoption de la Fair Employment Practices Act et de la Fair Accommodation Practices Act en 1954.

Hugh Burnette, secrétaire de la National Unity Association (NUA), une organisation de défense des droits civiques des Noirs à Dresden, en Ontario, et Bromley Armstrong, qui était alors président de la section locale 439 et du comité pour des pratiques équitables au sein des United Autoworkers Congress of Industrial Organizations et représentant du Conseil du travail de district de Toronto, ont contribué à la fin de la ségrégation dans les restaurants de Dresden.

En 1943, Hugh Burnette envoie une plainte au ministre fédéral de la Justice à propos de la discrimination au café Kay's à Dresde, un restaurant appartenant à une personnalité locale bien connue. Lorsque Burnette apprend que le gouvernement ne fera rien pour remédier à la discrimination, il se joint à d'autres Noirs de la région de Dresde pour former la NUA.

La NUA a joué un rôle particulièrement important à Dresden. La ville, qui se trouvait au bout du chemin de fer clandestin, comprenait une importante communauté d'esclaves en fuite. À l'époque, 1 700 Noirs vivaient à Dresden – une des communautés canadiennes où la ségrégation était la plus présente. Les restaurants et les salons de coiffure refusaient de servir les Noirs.

La NUA exerce des pressions sur le conseil municipal afin qu’il adopte une politique sur l’antidiscrimination qui s’appliquerait aux commerces locaux ayant une licence, similaire à celle que de nombreuses autres municipalités avaient déjà adoptée.

En 1949, la NUA et d’autres organisations syndicales et de défense des droits humains, telles que la Fraternité des porteurs de wagons-lits, le Toronto Labour Committee et l'International Ladies Garment Workers Union soumettent la question au premier ministre de l’Ontario pour lui demander d'adopter la Fair Employment Practices Act.

En 1951, après l’adoption de la toute première Fair Employment Practices Act, Hugh Burnette et Bromley Armstrong se rendent dans les restaurants pour tester la discrimination raciale et recueillir des preuves.  Quand Burnette et Armstrong se voient refuser l’entrée dans un restaurant, ils déposent des plaintes auprès du ministère du Travail conformément à la Loi. Le ministre du Travail de l'Ontario se montre réticent à engager des poursuites, affirmant que ce sont des « Noirs d'obédience communiste » qui créent les problèmes à Dresden.  Avec l'aide des organisations syndicales, la NUA fait pression sur le ministre du Travail pour qu’il engage des poursuites contre les prévenus et les condamne à payer des amendes de 50 $ plus les frais. Grâce aux efforts combinés de la NUA et des organisations syndicales et de défense des droits humains, la Fair Accommodation Practices Act est adoptée en 1954.

  • Références bibliographiques : Salome Lukas et Judy Vashti Persad (2004), Through the Eyes of Workers of Colour: Linking Struggles for Social Justice, un projet réalisé par des femmes qui travaillent avec des femmes immigrantes et le Conseil du travail de district de Toronto.

Le 5 février : L’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur (CLACP)

Grâce au soutien de A. Philip Randolph, président de la Fraternité des porteurs de wagons-lits (la Fraternité) des États-Unis, des filiales de la Fraternité à Montréal, Toronto, Winnipeg, Calgary et Vancouver, l’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur (Canadian League for the Advancement of Coloured People) émerge au Canada dans les années 1940. La CLACP et la Fraternité continuent leur combat pour défendre un projet de loi sur les droits civils et des pratiques équitables dans le domaine de l’emploi au palier provincial et fédéral. Grâce à leurs efforts combinés, le marché de l’emploi s’ouvre lentement aux Noirs. Ainsi, l’Association pour l’avancement des personnes de couleur de Vancouver rapporte qu'un ingénieur chimique noir, M. Cromwell est nommé au Junior Board of Trade à Vancouver et qu’une femme noire a obtenu un emploi dans un des magasins de vêtements de mode de Vancouver. 

En plus de demander la suppression de toute discrimination dans les textes de loi, la Fraternité, les organismes communautaires, tels que la Negro Citizenship Association, et des filiales de l’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur, à Toronto et en Nouvelle-Écosse, luttent également pour que les politiques d'immigration ne soient plus fondées sur les classes sociales, la race et le genre.

L’Association pour l’avancement des personnes de couleur de la Nouvelle-Écosse (NSAACP) a joué un rôle de premier plan pour porter en appel la condamnation de Viola Desmond. En 1944, Viola Desmond est arrêtée pour s’être assise dans le parterre du cinéma Roseland à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse, au lieu d’aller au balcon qui était réservé aux Noirs. Au tribunal, Viola Desmond est accusée d’avoir tenté de frauder le gouvernement provincial compte tenu de son présumé refus de payer la taxe d’amusement d’un sou et condamnée à payer une amende de 20 $ plus les frais ou à trente jours de prison. La NSAACP organise des réunions publiques et recueille des fonds pour interjeter un appel qui sera rejeté pour une raison de formalité juridique (le délai de dix jours pour interjeter appel de l’accusation originale étant passé), mais qui ont conduit les tribunaux à reconnaître qu'un jugement public a été détourné pour justifier les lois dites de Jim Crow – et de la ségrégation raciale illégale.

Durant les années 1950 et 1960, l’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur et ses filiales provinciales jouent un rôle essentiel pour permettre aux Noirs d’accéder au marché de l’emploi et combattre la discrimination dans les domaines de l'emploi, du logement et des services. Une lutte qui a conduit à l'adoption de la Fair Employment Practices Act en 1951 et à la création de commissions des droits de la personne dans chaque province et territoire au Canada.

  • Références bibliographiques : Agnes Calliste, 1996, « Anti-Racism Organizing and Resistance: Blacks in Urban Canada, 1940s-1970s », City Lives and City Forms: Critical Research and Canadian Urbanism, Jon Caulfield et Linda Peake.

Le 2 février : La Negro Citizenship Association (années 1950 et 1960)

Durant les années 1950 et 1960, la Negro Citizenship Association dénonce la politique d'immigration discriminatoire du Canada avec le soutien du comité des travailleurs pour les droits de la personne de Toronto et d'autres organismes de défense des droits civiques.

La Negro Citizenship Association et d'autres activistes critiquent les préjugés racial, patriarcal et de classe de la politique d'immigration et soutiennent qu’elle contribue à reléguer les Noirs à un statut de seconde classe. À l'époque, les immigrants en provenance des Caraïbes étaient soumis à des « critères de mérite » qui spécifiaient que l'une des conditions d'admission des travailleuses et travailleurs noirs, tels que les infirmières, était que l'employeur devait connaître « l’origine raciale du travailleur ». Contrairement aux infirmières non-racialisées qui venaient souvent d'Europe et qui étaient admises au Canada sur la base de critères généraux, les infirmières noires étaient admises uniquement sur la base de leurs titres de compétence en soins infirmiers. Seules les infirmières noires qui étaient admises par l'association provinciale des infirmières autorisées recevaient le statut de résidente permanente; les autres étaient traitées comme des travailleuses migrantes temporaires.

En 1954, une délégation de la Negro Citizenship Association et des membres du comité des travailleurs pour les droits de la personne de Toronto présente un mémoire au premier ministre Louis Saint-Laurent avec des propositions de réforme d’orientation telles que l'égalité de traitement des demandes en provenance des Antilles britanniques et l'ouverture d'un bureau de l'immigration dans les Caraïbes. À cette époque, la Negro Citizenship Association vient également en aide aux immigrants des Caraïbes menacés d'expulsion et facilite l'immigration de nombreux travailleurs, y compris des infirmières et des travailleurs domestiques.

  • Références bibliographiques : Agnes Calliste, 1996, « Anti-Racism Organizing and Resistance: Blacks in Urban Canada, 1940s-1970s », City Lives and City Forms: Critical Research and Canadian Urbanism, Jon Caulfield et Linda Peake.

Le 1er février : La Fraternité des porteurs de wagons-lits

De la fin du XIXe siècle jusqu'au milieu des années 1950, les possibilités d’emploi des hommes noirs étaient très limitées et ces derniers étaient souvent contraints de travailler comme préposé aux wagons-lits. En raison des pratiques d’embauche racistes et des attitudes discriminatoires, les Noirs ne pouvaient occuper que des emplois de « domestiques ». Généralement très instruits, beaucoup d’entre eux étaient titulaires d’un diplôme universitaire en sciences, en médecine et en administration des affaires. Trouver un emploi de porteur de wagons-lits était encore la meilleure option – un emploi de porteur à la compagnie du Chemin de fer Canadien Pacifique Limitée. À l'instar de ce qu'a déclaré Stanley Grizzle, qui a été porteur et syndicaliste à cette époque :

« Un homme noir ne pouvait qu’être porteur ferroviaire et une femme noire domestique. On pouvait marcher tout le long de la rue Yonge et ne jamais voir une personne noire travailler dans un restaurant ou un magasin. C'était comme ça à l'époque. » [traduction libre]
– « Veteran Stories: Stanley Grizzle », The Memory Project

La plupart des porteurs ferroviaires travaillaient de longues heures dans des conditions pénibles, pour un maigre salaire, et faisaient l’objet d’une étroite surveillance de la part de la direction. La durée des trajets était généralement de 72 heures, mais les porteurs n’avaient pas de quartiers de repos à bord du train. Ils devaient se reposer et manger dans des endroits séparés. Pour vivre, les porteurs ne pouvaient compter que sur les pourboires des passagers de première classe qui s’adressaient souvent à eux de manière condescendante en les appelant « Garçon ou George ».

Afin d’améliorer leurs conditions de travail et parce que les syndicats des personnes blanches n’acceptaient pas de membres noirs, les porteurs noirs ont tenté de s’organiser et de former leur propre syndicat.  En 1919, les premières tentatives de syndicalisation des porteurs noirs à l’emploi du Canadian Northern Railway échouent et ce n’est qu’en 1939 que les premiers porteurs noirs commencent à s’organiser avec le soutien de la Fraternité des porteurs de wagons-lits affiliée aux États-Unis. Au cours des années suivantes, les porteurs noirs de partout au pays s’organisent en secret pour ne pas perdre leur emploi. La Fraternité des porteurs de wagons-lits continue de faire pression sur le Congrès des métiers et du travail du Canada pour obtenir une reconnaissance et un statut en vertu de la Charte.  En 1942, les porteurs ferroviaires votent pour se syndiquer et leur première convention collective est finalement conclue en mai 1945.  Pour la première fois dans l’histoire du Canada, un syndicat d’hommes noirs signe une convention collective avec un employeur blanc.  Ils obtiennent, entre autres, une augmentation de salaire mensuel, une semaine de congés payés et la rémunération des heures supplémentaires.