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Infirmières correctionnelles à Queen’s Park : « Plutôt que de changer le problème de place, réglez-le »

Le 31 mai dernier, quelque 25 infirmières correctionnelles se sont réunies à Queen’s Park pour sensibiliser les gens sur la crise qui touche les soins de santé dans les établissements correctionnels. Elles font partie des 900 infirmières et infirmiers membres du SEFPO qui travaillent pour le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels (MSCSC) et le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse.

L’été dernier, les infirmières et infirmiers ont décidé qu’il était temps de s’organiser au sein du syndicat afin d'aborder la crise correctionnelle telle qu’ils la vivent. Leur effort le plus récent fut une journée de lobbying pour parler de leurs préoccupations au gouvernement et aux députés provinciaux de l’opposition.

Un grand nombre de députés provinciaux et de ministres ont assisté au déjeuner de lancement, dans le cadre duquel on a pu entendre Marie-France Lalonde, ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels (MSCSC), Rick Nicholls, porte-parole du PC pour les services correctionnels, France Gélinas, porte-parole du parti néo-démocrate pour la santé, Monte Vieselmeyer, co-président du CREM pour le MSCSC, et Warren (Smokey) Thomas, président du SEFPO.

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Autumn Butsch

Glenna Caldwell, co-présidente du CREM pour les Services à l’enfance et à la jeunesse, était également présente, tandis que l’infirmière correctionnelle Autumn Butsch, vice-présidente de la section locale 368, jouait le rôle d’animatrice.

Parmi les nombreux enjeux dans ce secteur, les infirmières correctionnelles ont identifié quatre domaines de préoccupation principaux :

  1. la perspective pour les infirmières correctionnelles d’être déplacées au ministère de la Santé et des Soins de longue durée;
  2. la faible rémunération, qui a aggravé les problèmes de recrutement et de rétention;
  3. un nombre toujours plus grand de délinquants avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie; et
  4. le sous-financement, qui a contribué à une grave pénurie d’infirmières et qui les a empêchées de fournir les soins adéquats et appropriés à leurs clients.

La ministre Lalonde a abordé la première préoccupation des infirmières dans ses remarques :

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La ministre Lalonde avec Dawn Goodenough

« Nous devrions tous et toutes être reconnaissants de votre dévouement face à votre profession et à vos patients. Vous êtes aux premières lignes des soins de santé des services correctionnels », a-t-elle commencé. « Vous connaissez mieux que quiconque les défis, mais aussi les possibilités qui existent entre les murs de nos établissements correctionnels. »

 « Eric Hoskins, ministre de la Santé et des Soins de longue durée, et moi-même examinons l’option de déplacer la surveillance des services de soins de santé dans les établissements correctionnels au ministère de la Santé », a-t-elle encore dit, « ce qui signifie que j’aurais à faire avec chacun et chacune de vous. » Votre vision et votre engagement soutenu sont essentiels à notre succès.

« J’entends vos préoccupations », a admis Madame Lalonde, « et je vais les écouter; nous travaillerons ensemble pour examiner nos options. Ce changement a été recommandé par de nombreuses personnes, y compris par Monsieur Howard Sapers dans son rapport sur les services correctionnels. »

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Lucy Morton, membre du Conseil exécutif, discute avec le député provincial Rick Nicholls

Rick Nicholls, porte-parole du parti progressiste-conservateur pour les services correctionnels, a insisté pour dire que les infirmières doivent être les premières à être consultées lorsqu’il s’agit de réparer les soins de santé dans les établissements correctionnels. « Pour améliorer la situation », a dit le ministre, « il faut vraiment écouter le personnel de première ligne, parce qu’il sait exactement où se trouvent les enjeux et les défis – et il sait ce qui doit être fait pour améliorer la situation ».

Dans son discours, France Gélinas, porte-parole du parti néo-démocrate pour les services correctionnels, a parlé de la question urgente des soins de santé mentale dans les établissements pour adultes et pour jeunes. « La prison est le pire des endroits pour les personnes qui souffrent d’une maladie mentale », a-t-elle fait remarquer. « Il est facile d'ignorer la santé mentale, mais pas quand on y fait face jour après jour et à chaque quart », a déclaré Madame Gélinas. « Nous arrivons à quelque chose en vous écoutant, en finançant vos besoins et en veillant à avoir un personnel suffisant pour répondre aux besoins des gens. »

Monte Vieselmeyer, accompagné de Chris Jackel et Chad Oldfield, membres du CREM pour les Services correctionnels, a insisté pour dire que toute transformation devrait être fondée sur des preuves.

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Monte Vieselmeyer

« Avons-nous examiné les données critiques? », a-t-il demandé. « Savons-nous pourquoi nous le faisons et si ça va servir les besoins de nos clients? Pour le moment, c’est davantage une question d'opinion. Nous n’avons aucune preuve. »

Comme les intervenants précédents, Monsieur Vieselmeyer a souligné l'importance de consulter les infirmières des services correctionnels. « Le rapport Sapers et le rapport de l’Ombudsman le disent, il est essentiel d’obtenir l’opinion du personnel de première ligne. Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer le gouvernement. Vous avez besoin de l’apport de nos infirmières, ainsi que de leur accord. »

Le président du SEFPO, Warren (Smokey) Thomas, était le dernier à prendre la parole. Dans ses remarques, il a abordé les préoccupations principales des infirmières, en commençant par la santé mentale.

« Je fais du lobbying depuis aussi longtemps que je peux me souvenir pour qu’on mette sur pied un groupe de travail qui inclue tous les ministères concernés : Santé, Services sociaux et communautaires, le Solliciteur général et les Services correctionnels », a-t-il dit. « Parce que tant qu’on ne répare pas certains des autres systèmes, la situation ne peut qu’empirer dans les prisons. »

Poursuivant, « Je suis infirmier psychiatrique autorisé de métier. J’ai travaillé toute ma vie adulte à l’Hôpital psychiatrique de Kingston. Il va falloir de sérieux dollars pour aborder le fait que la moitié de la population de détenus souffrent de troubles mentaux ou de toxicomanies. »

Parlant du Groupe d’intérêt des infirmières et infirmiers des services correctionnels de l'Ontario (OCNIG), une association de gestionnaires qui prétendent représenter les infirmières correctionnelles, Monsieur Thomas a insisté sur le fait qu’ils n’ont pas le droit de s'ingérer dans les affaires des infirmières.

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Warren (Smokey) Thomas

« L’OCNIG pense posséder un certain pouvoir », a déclaré Monsieur Thomas. « Mais ce n’est pas vrai. Ils n’ont aucun pouvoir de négociation. C’est tout simplement une association qui dit faire du lobbying. On ne les a même pas vus depuis des années. Leurs intérêts, à mon avis, n’ont rien à voir avec les enjeux des infirmières ou de leurs clients des établissements correctionnels. »

Monsieur Thomas s’interroge également sur le déplacement potentiel des infirmières au ministère de la Santé et des Soins de longue durée.

« Un tel déplacement ne fera qu’aggraver la situation, parce que les infirmières n’en veulent pas. On ne peut tout simplement pas avoir deux patrons. »

Se tournant vers la ministre, Monsieur Thomas lui a dit d’écouter attentivement ce que les infirmières ont à dire. « Je crois sincèrement, Madame la ministre, que vos intentions sont bonnes.  Mais la tâche qui vous attend est monumentale. C’est un changement générationnel. »

« Vous pouvez par contre faire des choses dans l’immédiat pour les infirmières », a-t-il encore dit. « Elles peuvent aller dans une maison de retraite et elles seront sûres de rentrer à la maison le soir, sans blessures ousmokey_listening.jpg autres, et elles gagneront 7 $ à 8 $ de plus de l’heure. »

« Mettez de l'argent sur la table : donnez à ces infirmières l’argent qu’elles méritent. Ces infirmières travaillent dans un ensemble de circonstances unique. Elles courent des risques, des risques que leur rémunération ne prend pas en compte. Ce n’est pas difficile à changer. Dans le grand ordre des choses, c'est comme une goutte d’eau dans l’océan. »

Monsieur Thomas a conclu en donnant quatre conseils à la ministre : « Embaucher des infirmières psychiatriques n’est pas un remplacement pour le système de santé mentale. Ne déplacez pas ces infirmières au ministère de la Santé : aucune d’entre elles ne l’acceptera. Payez-les comme il se doit. Écoutez attentivement ce que les infirmières ont à dire. »

Plus tard dans la matinée, devant la législature, le député provincial Nicholls a posé une question sur la sécurité des infirmières correctionnelles, en citant Dawn Goodenough, une infirmière correctionnelle, déléguée syndicale au Complexe correctionnel de Maplehurst : « Un de nos besoins les plus urgents consiste à trouver des solutions de rechange à l'isolement. La santé mentale est une énorme préoccupation de nos jours. Simplement dire que nous ne pouvons plus isoler, sans offrir de solution de rechange, ne fera qu’attiser la violence. »

Dans sa réponse, la ministre n’a parlé ni d’isolement ni de solutions de rechange.

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Une photo de groupe avant que les infirmières aillent rencontrer les députés provinciaux en privé