Skip to content
news_announcements_french.jpg

Épuisés, les PSSP ont besoin d'aide. La réglementation est la première étape

OPSEU health care members
Share on facebook
Share on twitter
Share on email

Par Laura Bulmer

Imaginez un instant que les préposés aux services de soutien à la personne (PSSP) quittent leur poste pendant seulement une heure pour manifester avec une pancarte : « Je suis une PSSP, vous pourriez avoir besoin de moi un jour – aujourd’hui J’AI BESOIN de vous. » Peut-être que la force de l’image permettrait de s’attaquer aux véritables enjeux pour de bon.

Tout le monde sait que les professionnels de la santé non réglementés constituent la majorité de ce que nous appelons les « travailleurs de première ligne » à travers le pays et qu’ils ont assumé une très grande partie du travail lié à la pandémie. Le sort de cette main-d’œuvre, la pénurie de personnel actuelle, l’épuisement du personnel et le manque de reconnaissance et de normalisation ont fait l’actualité à un moment donné.

Mais ce qui demeure, pour une raison obscure, c’est l’incapacité du gouvernement fédéral à réglementer cette profession et à protéger ces travailleurs et le public.  Cette absence de normalisation engendre des pratiques dangereuses.

Les gouvernements provinciaux ont tenté d’alléger le fardeau avec des augmentations de salaire temporaires, des primes pour les nouveaux diplômés et l’introduction de nouvelles catégories de travailleurs.

Il s’agit toutefois de stratégies à court terme. Que se passe-t-il une fois que la période temporaire des augmentations salariales prend fin? Disons-nous à ces travailleurs : « Merci de nous avoir aidés à faire face à la COVID, mais c’est vrai que nous ne vous apprécions pas autant que ça en fin de compte? »

Les primes pour les nouveaux diplômés partent sans aucun doute d’une bonne intention, mais elles constituent une insulte envers celles et ceux qui ont conduit la bataille tout du long.

Des nouvelles catégories de travailleurs?  Nous avons bien-sûr besoin de davantage de PSSP, mais pas de « réduire » le rôle des PSSP. En fait, l’introduction de nouvelles catégories rend cette profession déjà compliquée encore plus trouble.

Il y a un roulement élevé au sein des effectifs : le taux d’attrition des PSSP quittant leur emploi est d’environ 25 pour cent chaque année et le taux d’abandon des PSSP après l’obtention de leur diplôme et le début de leur carrière est d’environ 40 pour cent.

Et la main-d’œuvre actuelle est démoralisée et épuisée mentalement. Les conditions de travail demeurent un problème et les PSSP rechignent à faire part de leurs préoccupations, car ils craignent des représailles de la part des employeurs.  Comment comprendre pleinement l’ampleur de ce qui se passe réellement en première ligne si nos employés de première ligne ont peur de parler librement?

Pour rendre la profession attrayante, nous avons besoin de solutions permanentes : pérenniser les augmentations de salaire et réglementer la profession pour attirer une nouvelle génération de travailleurs. On doit mettre en œuvre des initiatives constructives en matière de recrutement et de rétention du personnel qui auront des effets à long terme et non pas des stratégies à moitié abouties qui ne sont qu’un cautère sur une jambe de bois.

Le Canada doit mettre en place un groupe de travail national sur les PSSP pour réunir à la même table tous les paliers de gouvernement, les décideurs, les PSSP, les employeurs des PSSP et les formateurs des PSSP. Il existe actuellement un énorme décalage entre ce que fait chaque province ou territoire. Il y a bien sûr de nombreuses parties prenantes, mais le manque de collaboration empêche véritablement d’aller de l’avant en ce qui concerne les questions liées aux PSSP. On dénombre au Canada plus d’une cinquantaine de désignations pour décrire la profession des PSSP et leurs responsabilités inhérentes, comme par exemple les aides-soignantes, les assistantes de soins, les assistantes de soins cliniques et les assistantes de soins personnels. Cela entraîne confusion et malentendu.

Mettre en place un comité pour se focaliser sur les stratégies de recrutement et de rétention du personnel devrait être l’un des mandats du groupe de travail. Pour recruter des personnes dans ce secteur, on doit rendre la profession attrayante – une profession où le salaire doit être en permanence plus élevé que ce qu’il est maintenant, où les postes à temps plein (avec des avantages sociaux) sont la norme et avec une désignation professionnelle unique.

Un simple changement de désignation professionnelle peut aider les PSSP à obtenir le respect du public et des autres professionnels de la santé. Afin de changer la façon dont elles étaient perçues par le public il y a quelques années, on a changé la désignation des aides-infirmières autorisées pour les appeler les infirmières auxiliaires autorisées (IAA). Remplacer « préposé » dans PSSP par « fournisseur » permettrait de décrire et de souligner le rôle et l’importance de ces professionnels.

En plus de collaborer avec les employeurs de tous les secteurs pour promouvoir la formation en cours d’emploi, le groupe de travail devrait également examiner les moyens de favoriser le recrutement en instaurant la gratuité de la formation pour les PSSP.  En pleine pandémie, les établissements d’enseignement ont du mal à obtenir des stages pratiques en milieu de travail à cause des restrictions en matière de personnel. Les besoins en aide sont pourtant immenses, ce qui souligne encore une fois le décalage.

Le plus important est peut-être la réglementation des PSSP. Cela permettrait d’uniformiser la désignation professionnelle, la formation, le champ d’activité et de prodiguer des soins plus sécuritaires puisque la réglementation professionnelle est également une forme de protection du public.

Réglementer les PSSP signifie que la profession serait régie par un ordre professionnel ou de réglementation et par une législation afin de servir l’intérêt public.  Les infirmières, les médecins et les avocats sont réglementés.  Les fournisseurs de services de soutien à la personne (FSSP – j’utilise la nouvelle désignation « professionnelle » ?) devraient l’être aussi.  Alors qu’ils ne sont régis par aucune réglementation, on s’attend à ce que les FSSP effectuent des évaluations cliniques et donnent des médicaments. Sans formation et soutien appropriés, c’est une recette dangereuse en matière de soins de santé.

La réglementation et la normalisation seraient également des stratégies efficaces pour faciliter le recrutement et la rétention du personnel, puisqu’on en ferait une profession de choix. En substance, obtenir la légitimité de la profession va de pair avec la réglementation.  Quand on plaide en faveur de la réglementation, on ne doit pas seulement souligner le fait que la profession mérite d’être reconnue, mais plutôt le fait que le public doit être protégé. Il est immoral que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux n’aient encore rien fait pour changer les choses dans ce domaine.

Les conséquences de la pandémie se traduisent par des nombres tellement vertigineux – nombre de cas, nombre de décès, taux d’infection et croissance exponentielle – que nous risquons de perdre contact avec la réalité et avec le fait que ce sont des personnes en chair et en os qui ont perdu la vie et que ce sont des personnes en chair et en os qui sont à la peine.

J’espère certainement que nous ne sommes pas devenus insensibles aux nouvelles – que nous nous souvenons que nous avons la capacité de changer les choses. Si un ou une FSSP n’a pas encore changé votre vie pour le meilleur, il y a des chances que ça arrive.  Exprimez-vous, participez au changement et contribuez à faire en sorte que cette profession devienne règlementée.  Agissons ensemble pour atteindre cet objectif.

Laura Bulmer est membre de l’OPSEU/SEFPO, professeure à temps plein dans un collège communautaire de Toronto et présidente de la Canadian Association of Continuing Care Educators (CACCE). Elle a reçu le prix pour l’excellence dans la pratique de l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario pour son travail en soins palliatifs et elle est la récipiendaire du Crystal Apple Teaching Award. Elle aimerait recevoir vos commentaires et elle cherche toujours des collègues FSSP pour se joindre à elle.