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L'islamophobie engendre la peur, mais a aussi un coût économique

L'islamophobie engendre la peur, mais a aussi un coût économique

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Hassan Yussuff, président du Congrès du travail du Canada, auquel le SEFPO est affilié, a écrit l’éditorial suivant pour le Globe and Mail, le 21 mars 2019 (traduction libre).

La nouvelle tragique en provenance de la Nouvelle-Zélande nous a plus ou moins tous choqués. Mais elle n’aurait pas dû nous choquer.

Beaucoup d'entre nous ont vu des mèmes anti-mulsumans, entendu des blagues islamophobes et lu des articles d’opinion tendancieux; beaucoup d’entre nous savent que des multitudes de gens ont des opinions racistes contre ceux et celles qui s’identifient en tant que musulmans.

En fait, un sondage Abacus publié à la fin de l'année dernière a révélé qu'un quart des gens vivant au Canada ne pensent pas que les musulmans devraient vivre ici. C'est juste un des nombreux sondages ces dernières années qui illustrent la façon dont les musulmans, et leurs croyances, continuent de faire face à une négativité considérable. Que cette haine puisse éclater de la plus tragique des manières reflète les conséquences terrifiantes de la diabolisation soutenue des gens fondée sur leurs croyances religieuses.

De telles attitudes ne nuisent pas seulement aux communautés musulmanes, elles font du mal à tout le monde. La montée des courants anti-immigrants, xénophobes et islamophobes est en partie alimentée par une insécurité économique croissante, associée à de l'anxiété en ce qui concerne notre identité dans une société de plus en plus diversifiée. L'attrait croissant des mouvements d'extrême-droite au Canada, comme ailleurs dans le monde occidental, signifie qu'il existe un tout nouvel auditoire pour des opinions méprisables qui auraient dû depuis longtemps avoir disparu.

Au lieu de cela, des plateformes en ligne ont facilité la perpétuation de la haine et de la colère envers les communautés marginalisées, et les musulmans portent une grande partie de ce fardeau. Près de la moitié de toute la propagande haineuse en ligne vue par les Canadiens ciblait les musulmans, selon un sondage récent réalisé par Léger Marketing pour l'Association d'études canadiennes, plus que toute autre communauté. Les crimes haineux visant les musulmans, ainsi que d'autres personnes racialisées, continuent d'augmenter à une allure vertigineuse dans ce pays.

Mais le climat fait plus que d'inspirer la peur quant à notre sécurité personnelle, il crée aussi des obstacles pour les musulmans qui cherchent ou veulent conserver un emploi satisfaisant, un logement et une communauté accueillante. L'islamophobie empêche les gens de progresser du point de vue économique, et il est temps qu’on en parle.

En moyenne, les nouveaux arrivants au Canada qui s'identifient en tant que musulmans font face à un risque plus élevé de vivre avec de faibles revenus, selon l’Enquête sociale générale de 2016 de Statistique Canada. Quarante-six pour cent des immigrants qui s'identifient comme étant musulmans étaient beaucoup plus susceptibles d'avoir un revenu annuel inférieur à 20 000 $, comparativement à 29 % des immigrants d'autres religions. Les immigrants musulmans étaient également moins susceptibles d’être classés dans les tranches de revenu supérieures, malgré le fait que les immigrants sont souvent plus instruits que la population née au Canada.

Le choix de vêtements des femmes musulmanes leur vaut souvent de la discrimination. Une étude réalisée en 2002 par les chercheuses Judy Vashti Persad et Salome Lukas a révélé qu'une grande proportion des femmes se portant candidates à un emploi dans les secteurs manufacturier, des ventes et des services faisaient l'objet de discrimination parce qu’elles portaient le voile. Et les musulmans de couleur, en particulier les musulmans noirs, sont encore plus vulnérables aux actes racistes.

Les employeurs, les syndicats et le gouvernement doivent unir leurs efforts pour faire face à l'islamophobie, de ses formes les plus dangereuses à ses expressions les plus simples. Près de 80 % des Canadiens reconnaissent les musulmans comme la communauté la plus susceptible de faire face à la discrimination. Mais ça suffit maintenant!

Dans le cadre d'un tout récent rapport destiné à examiner les effets corrosifs de l'islamophobie dans nos milieux de travail, le Congrès du travail du Canada a fait plusieurs douzaines de recommandations. Parmi celles-ci, renforcer le besoin pour les employeurs d’éduquer les cadres et le personnel relativement aux obligations juridiques entourant les droits de la personne et les accommodements religieux, et encourager les gouvernements à en faire plus pour appuyer les campagnes de sensibilisation au racisme et pour développer des stratégies pour s'attaquer à la haine en ligne. Nous notons également le rôle important que les syndicats doivent jouer pour défendre l’impartialité, l’équité et la justice sociale pour les musulmans du Canada.

Le mouvement ouvrier en est venu à reconnaître que l'islamophobie est une menace à plusieurs niveaux, y compris pour notre démocratie. Si l’on ne fait rien, le manque de confiance et la diabolisation des musulmans continueront de semer la discorde dans notre société et, en même temps, d'augmenter le ressentiment des gens envers le gouvernement, les médias, les universités et d’autres institutions. Il est urgent et essentiel de faire face à ce fléau, et plus particulièrement dans la perspective d'élections dans lesquelles l'immigration et le multiculturalisme seront sans aucun doute à nouveau utilisés par certains comme sujets de dissension, divisant encore davantage les gens et en mettant potentiellement certains en danger.

À moins que nous ne soyons mieux équipés pour nous défendre les uns les autres.