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Mémoire de l’OPSEU/SEFPO à l’attention de la Commission d'enquête sur la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée

It's my nature to care - OPSEU Long term care / C'est dans ma nature de prendre soin de voice - Soins de langue duree SEFPO
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Le secteur des soins de longue durée de l’Ontario est en crise et nos aînés meurent. Les résidents de notre province méritent et s’attendent à ce que les soins qu’ils reçoivent une fois qu’ils sont à la retraite leur permettent de vivre dans la dignité et le respect, mais c’est le contraire qui se passe.

Les nombreux problèmes récurrents auxquels sont confrontés les employés des soins de longue durée et le secteur ont été exacerbés par la pandémie de COVID-19. Il y a de nombreuses années que l’OPSEU/SEFPO lutte pour que l’on corrige les lacunes du système de soins de longue durée, qui ont été mis en exergue durant la pandémie. Il s’agit notamment du manque de postes permanents à temps plein, des bas salaires, des sous-effectifs, des problèmes de recrutement et de santé et de sécurité – notamment du manque d’équipements de protection individuelle (ÉPI) et de formation en matière de lutte contre les infections.

Le ministère a lancé une étude en février 2020 afin d’obtenir des recommandations stratégiques au sujet des problèmes de la dotation en personnel dans le secteur des soins de longue durée en Ontario. Un éventail des intervenants dans les soins de longue durée, y compris des syndicats et des associations d’exploitants, ont participé au processus. Ce rapport a souligné le fait qu’au plus fort de la pandémie, plusieurs foyers de soins de longue durée ont signalé être aux prises avec des pénuries graves de personnel, ce qui a eu des répercussions sur la qualité des soins aux résidents et sur la sécurité des employés. Comme vous le constatez, nous étions déjà en crise avant la pandémie et le ministère de la Santé et des Soins de longue durée était au courant depuis longtemps.

Mais aujourd’hui plus que jamais auparavant, nous constatons l’importance de sauvegarder nos services de santé publics et de donner la priorité aux personnes par rapport aux profits. L’expansion des soins de longue durée s’est malheureusement faite en majorité au profit des foyers à but lucratif. Des personnes vulnérables perdent la vie parce que les profits sont une priorité plus importante que les soins. Où sont passés la compassion et le dévouement en matière de soins? Ces valeurs sont absentes dans le secteur privé, n’est-ce pas? Nous savons que les taux de mortalité sont plus élevés dans les établissements à but lucratif que dans les établissements à but non lucratif ou municipaux. Pourtant, rien n’est fait pour mettre en place de véritables changements. Le 14 mai dernier, nous avons envoyé un document de position au gouvernement recommandant que les soins de longue durée et les soins à domicile soient administrés par le secteur public. Nous avons également fait 22 autres recommandations qui visaient à prévenir une tragédie comme les décès causés par la pandémie de COVID-19.

Nous vous demandons non seulement de lire ces recommandations, mais aussi de les mettre en place! Des personnes perdent la vie parce que le secteur est en crise. Pour éviter d’autres morts inutiles et pour honorer les personnes qui ont payé le prix ultime de cette négligence, des changements doivent être mis en place maintenant.

Les problèmes de dotation et les pénuries de personnel

Il y a actuellement une pénurie grave de personnes pour travailler dans les soins de longue durée. Certaines d’entre elles, qui ont des proches qui sont immunodéprimés et qui vivent dans leur maison, ne peuvent pas courir le risque d’être contaminées par le virus. D’autres estiment simplement que le faible salaire qu’elles touchent n’est pas une raison suffisante pour jouer leur santé à la roulette. Pour ce genre de maladie, les employeurs ne permettent pas à leurs employés d’avoir accès à des congés de maladie pour une période de quarantaine, à moins que des dispositions de leur convention collective ou de leur régime d’invalidité de courte durée ne le précisent. Et ces employés, qui devraient être en quarantaine à leur domicile et qui vont travailler pour garder leur salaire et leurs objectifs professionnels, prennent des risques graves pour leur santé. Les soins de longue durée sont souvent une étape pour les infirmières et infirmiers auxiliaires autorisés (IAA), les travailleurs de soutien à la personne (TSSP), etc., qui veulent acquérir de l’expérience avant de pouvoir accéder à un emploi mieux payé dans le secteur hospitalier.

Ces problèmes ont des effets importants sur les résidents. Dans certains cas, il a été rapporté que des résidents n’avaient droit qu’à une seule douche par semaine ou n’avaient pas eu accès à la douche, n’avaient pas reçu de soins d’hygiène personnelle, étaient restés dans la même position pendant de longue période (les problèmes de peau sont en augmentation), ou/et des carences dans les toilettes, parmi d’autres soins essentiels. Cela est directement lié au fait qu’il y a trop peu de personnel pour répondre aux besoins d’un groupe important et diversifié de résidents.

On doit légiférer pour fixer des niveaux d’effectifs suffisant et faire en sorte qu’il existe des mesures punitives pour assurer la conformité. Plus personne ne veut entendre des histoires d’exploitants qui réduisent le personnel pour économiser quelques dollars.

Recommandations de l’OPSEU/SEFPO :

  • Nous faisons écho à notre recommandation du 29 septembre 2020 dans laquelle nous proposions que les collèges communautaires augmentent l’accès et renoncent aux frais de scolarité des personnes qui suivent une formation dans des domaines tels que les services de soutien à la personne.
  • On doit offrir des rémunérations attrayantes pour attirer et retenir du personnel spécialisé dans le domaine de la santé.
  • On doit fixer un plancher salarial pour tous les travailleurs et créer un ordre professionnel. L’agrément des travailleurs permettrait d’avoir une formation normalisée, d’offrir de meilleures rémunérations, de répondre aux pénuries de main-d’œuvre et d’améliorer les soins prodigués à la population.
  • Il faut imposer des ratios personnel-patients dans les foyers afin d’accroître les interactions avec résidents et les soins et garantir des heures de travail à temps partiel. En instaurant des horaires de travail réguliers, un nombre d’heures suffisant et un salaire décent, on réduirait fortement le nombre de personnes qui travaillent dans deux foyers ou plus à la fois.
  • Afin d’atténuer les pressions sur le personnel et d’améliorer la qualité de vie des résidents, on devrait procurer une moyenne quotidienne minimale de quatre heures de soins directs par résident.
  • Il faut maintenir les équipes de triage en place.
  • Afin de réduire le risque de propager le virus dans toute la province, on doit éviter les déplacements du personnel dans les régions géographiques et cesser de fragmenter la main-d’œuvre dans les foyers de SLD. De nombreux foyers tentent de remplacer les PSSP par des aides de service non réglementés.
  • Il faut réduire le personnel temporaire des agences, créer des emplois à l’interne, rendre les emplois vacants permanents, et idéalement à temps plein, améliorer les ratios de personnel et la combinaison des compétences pour les PSSP, le personnel infirmier et les autres professionnels de la santé, afin de pouvoir face à des circonstances particulières.

L’équipement de protection individuelle (ÉPI) et le contrôle des infections

Il va sans dire que les ÉPI doivent être facilement disponibles. En août dernier, les gouvernements de l’Ontario et du Canada se sont associés à 3M Canada afin de disposer de quantités suffisantes de masques N-95. Malheureusement, trop peu de milieux de travail étaient prêts au début de la pandémie de COVID-19, ce qui a fait courir d’énormes risques à beaucoup de gens alors que les capacités d’augmenter la production existaient pourtant partout. Les milieux de travail ont bataillé pour trouver des ÉPI et ont souvent dû faire appel au bon vouloir des communautés dans lesquelles ils se trouvent pour combler la pénurie d’équipement de protection. En dépit de la Directive 5, qui a été modifiée pour améliorer le niveau des ÉPI utilisés, il y a encore beaucoup trop de travailleurs de la santé non réglementés qui se fient à des évaluations des risques au point de service réglementées pour obtenir le niveau supérieur d’ÉPI.

Autres problèmes :

  • Le manque de formation concernant l’ÉPI. Certains de nos membres, notamment le personnel de service de soutien et les aides de service aux résidents, ne comprenaient pas l’utilisation appropriée de l’ÉPI.
  • L’absence de masques N95 et d’autres ÉPI, y compris de blouses et de masques faciaux.
  • Les masques N95 ne sont nécessaires que pendant les procédures médicales générant des aérosols.
  • La mauvaise qualité des masques (rupture des élastiques, matériaux de masques irritants la peau, mauvais ajustement des masques).
  • L’utilisation dangereuse de masques « réguliers » ou « artisanaux ».
  • On nous a signalé que nos membres n’avaient pas pleinement compris la COVID-19. Trop de gens avaient leurs propres versions de la maladie et de sa contagiosité.
  • De manière irresponsable, on a ignoré les expériences passées durant lesquelles l’ÉPI avait été une question de vie ou de mort durant une épidémie.

Extrait du rapport de 2006 du juge Archie Campbell, Le printemps de la peur, publié par Commission d’enquête sur le SRAS. Les dirigeants d’aujourd’hui feraient bien de se souvenir de ceci :

« Quand la sécurité des travailleurs hospitaliers est en jeu, nous ne devrions pas dépendre des dogmes scientifiques d’hier ou d’aujourd’hui. Nous devrions être liés au principe de précaution, qui dit que l’absence de certitudes scientifiques ne doit pas retarder l’adoption de mesures raisonnables visant à prévenir un risque. »  (Traduction libre)

Recommandations de l’OPSEU/SEFPO :

  • Que le ministère des Soins de longue durée élabore un protocole provincial sur les pandémies, avec une chaîne de commandement claire qui peut être mise en œuvre rapidement. Un tel protocole doit établir une définition de la pandémie et la date de la mise en œuvre du protocole.
  • On doit veiller à ce que l’approvisionnement en ÉPI soit suffisant et facilement disponible en TOUT temps. Nous ne devrions pas attendre une éclosion ou une pandémie pour développer un approvisionnement adéquat en ÉPI.
  • Chaque foyer doit avoir pour mandat d’élaborer et de mettre en œuvre un programme de formation sur l’ÉPI qui est dispensé au personnel au moment de son embauche et qui est revu régulièrement.
  • À mesure que l’information sur une maladie devient disponible, les employeurs devraient la partager avec les membres du personnel. Les membres ne devraient pas avoir à chercher des renseignements sur les différentes causes de maladie en utilisant des sources d’information litigieuses, comme Facebook ou Instagram.
  • Dans le cadre des inspections, chaque foyer devrait avoir à montrer aux inspecteurs la quantité d’équipement de protection individuelle dont il dispose et s’assurer qu’il a un approvisionnement suffisant, en tout temps.

Les salaires

Toutes les Ontariennes et tous les Ontariens méritent de recevoir un salaire décent et des avantages sociaux pour le travail qu’ils accomplissent. En ce qui concerne nos professionnels de la santé, cette réalité revêt une importance accrue. Les salaires doivent être améliorés. Ne pas verser un salaire décent et équitable aux personnes qui travaillent dans les soins de longue durée, c’est continuer à être aux prises avec des pénuries de personnel. La rétention du personnel restera un problème et les nouveaux diplômés qui entrent dans le secteur de la santé ne choisiront pas les soins de longue durée comme leur premier choix.

Recommandations de l’OPSEU/SEFPO :

  • Des améliorations salariales permanentes et des avantages sociaux pour tous les travailleurs de première ligne dans les services de  soins de longue durée.
  • Veiller à créer des emplois permanents dans le secteur. Arrêter la prolifération du travail occasionnel et temporaire dans ce secteur.
  • En plus des salaires, procurer d’autres avantages monétaires à tous les travailleurs de ce secteur, comme les pensions, les avantages sociaux et les congés de maladie payés et des vacances payées. Faire en sorte que les soins de longue durée soient des milieux de travail attrayants.

Les résidents et leurs familles, l’isolement social, l’anxiété et la dépression

Durant les périodes d’éclosion de la maladie, de quarantaine et d’isolement des établissements de soins de longue durée, les Ontariennes et Ontariens n’ont pas toujours pu rendre visite aux membres de leur famille. Des résidents ont passé des mois sans voir leurs proches. Pendant les périodes de stabilité relative entre les éclosions et les vagues de forte propagation communautaire, un proche désigné, ou une personne proche aidante, devrait pouvoir rendre visite à un membre de sa famille. De plus, étant donné que le personnel est souvent le seul contact humain que les résidents ont pendant les périodes de confinement, nos membres devraient avoir plus de temps pour répondre aux besoins sociaux et émotionnels des résidents. Sans lien humain pendant les périodes de quarantaine, il y a sans doute peu de différence entre un foyer de SLD et une prison. Le personnel peut aider les résidents à utiliser FaceTime, à écrire des lettres ou à passer des appels téléphoniques avec leurs proches.

Recommandations de l’OPSEU/SEFPO :

  • La technologie de dépistage rapide est désormais approuvée et facilement disponible et chaque foyer devrait y avoir recours pour tester les visiteurs et les résidents qui entrent dans le foyer.
  • Apporter des iPad et d’autres technologies dans les foyers de soins de longue durée et les mettre à la disposition des résidents pour qu’ils puissent discuter par vidéo avec les membres de leur famille.
  • Permettre au personnel de passer du temps avec les résidents. Planifier le travail du personnel de manière à ce qu’il puisse passer quelques minutes supplémentaires avec chaque résident et n’ait pas à passer d’un résident à l’autre aussi vite que possible afin d’optimiser son efficacité.

Historique des membres de l’OPSEU/SEFPO dans les SLD

L’OPSEU/SEFPO représente environ 2 400 travailleuses et travailleurs dans 15 foyers répartis dans toute la province de l’Ontario.

L’OPSEU/SEFPO représente divers postes dans ce secteur, notamment : des PSSP, des IAA, des aides-soignantes, des travailleurs sociaux, le personnel de la blanchisserie, de l’entretien ménager, de la cuisine et de l’alimentation. Nos membres travaillent dans les trois types d’établissements de soins de longue durée de l’Ontario : les foyers privés à but lucratif, les foyers à but non lucratif et les foyers municipaux qui sont des foyers publics à but non lucratif, détenus et financés en partie par les paliers municipaux de gouvernement.