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Le président Thomas : Le budget doit investir dans les personnes et les travailleurs

Le jeudi 5 novembre, le gouvernement provincial déposera son budget 2020. Avant le dépôt du budget, le président de l’OPSEU/SEFPO, Warren (Smokey) Thomas, a publié la déclaration suivante dans une vidéo :

Je tiens tout d’abord à remercier tous les membres de l’OPSEU/SEFPO qui ont travaillé sans relâche sur les premières lignes de cette pandémie.

Vous vous reconnaîtrez. Et aujourd’hui, les gens vous connaissent aussi.

Ils ont une bien meilleure idée de qui vous êtes, parce que vous avez été là pour eux, pour leur procurer les services et les soins dont ils ont besoin tout en les gardant en sécurité. Durant toute cette période, vous avez bravé le danger.

Je veux remercier l’ensemble des travailleuses et travailleurs de première ligne qui ont été là pour nous, en particulier celles et ceux qui ont bravé le danger parce qu’ils n’ont pas pu travailler à distance, depuis leur domicile.

Vous êtes toutes et tous des héros de première ligne.

Le dépôt du budget est toujours un moment anxiogène pour nous, les travailleurs du secteur public de l’Ontario.

Pendant des décennies, nous avons été la cible des gouvernements successifs, qui ont imposé trop peu et dépensé imprudemment. Pendant que les gouvernements remplissaient les poches de leurs copains privilégiés du secteur des entreprises, les services de première ligne, sur lesquels comptent les gens ordinaires, étaient anéantis par des coupes drastiques.

Et permettez-moi d’être clair : pas un de nos trois partis politiques n’obtient la note de passage à cet examen.

Tous ont contribué à la détérioration et à la destruction de nos services publics de première ligne – de Rae à Harris, en passant par McGuinty et Wynne et les premiers jours du gouvernement actuel.

On peut faire beaucoup de reproches, mais il y a des moyens de renverser la vapeur.

Et c’est pour cela que je suis ici.

Pour vous parler d’une renaissance naturelle des services publics de première ligne.

Des services qui vous traitent lorsque vous êtes malades; qui assurent la salubrité de votre eau et de votre nourriture; qui combattent la criminalité et qui assurent la sécurité dans votre communauté; qui veillent sur nos enfants et qui font en sorte que notre système d’éducation demeure de classe mondiale.

Mais il y a aussi beaucoup d’autres gens qu’on ne remarque pas souvent. Nos amis, nos voisins et les membres de notre famille.

Comme les préposées aux services de soutien à la personne qui travaillent dans l’ombre du système de santé et qui prennent soin de nos aînés, nos héros dans les refuges pour sans-abri, cette femme derrière le plexiglass qui délivre les permis et les certificats de naissance, les travailleurs qui continuent à faire fonctionner notre système de justice, et le personnel qualifié de la LCBO qui a toujours répondu à l’appel pour que les Ontariennes et Ontariens aient accès à un minimum de normalité et pour que le gouvernement puisse recevoir un flux régulier de revenus.

Et croyez-moi, il y en a beaucoup d’autres. On ne les oublie pas.

Et je demande qu’on ne les oublie pas dans ce budget.

En fait, si ce gouvernement, qui est payé par la population de l’Ontario, est aussi là pour la population de l’Ontario, il doit répondre aux besoins, aux demandes et aux désirs de cette population.

En un mot, il doit faire un investissement collectif, dans le cœur et l’âme de la province. Ou comme le premier ministre aime à le dire, « pour les gens ordinaires ».

Pour ceux qui n’ont pas voix au chapitre.

Pour ceux qui ne font pas de lobbying ou qui ne participent pas à des collectes de fonds.

Pour celles et ceux qui nous font traverser cette pandémie jour après jour.

Il est vrai que les huit derniers mois ont pesé sur l’esprit des gens.

Mais nous sommes unis et résilients.

Certes la pandémie nous a séparés, mais elle nous a aussi rapprochés comme jamais auparavant.

La plupart d’entre nous ont abandonné leurs griefs politiques et laissé leurs armes de rhétorique aux vestiaires.

La collaboration, plutôt que la confrontation, doit être la norme, et non l’exception. Elle doit être notre principe de fonctionnement.

Ce n’est pas le temps de faire des demandes démagogiques ou déraisonnables.

Mais ce n’est pas non plus le temps de réduire les premières lignes au nom de l’austérité ou de l’équilibre des comptes.

C’est le temps d’investir. Et pour ce faire, j’ai quelques recommandations.

Tout d’abord, permettez-moi de dire qu’être en position d’influence vient avec un grand privilège, mais aussi avec une grande responsabilité.

Et bien que je n’aie jamais été dans les chaussures du premier ministre, je connais un peu le poids des décisions.

Sur ce front, on doit féliciter le premier ministre.

Il a consacré beaucoup de temps à visiter toute la province.

Je le sais parce que nous parlons souvent à toutes les heures, de tous les coins de l’Ontario.

Je sais également qu’il se préoccupe des gens.

Et qu’il se soucie de l’opinion des gens, même des gens qui s’en prennent à lui publiquement. Même de ceux avec lesquels il est en désaccord.

C’est un signe de leadership.

Et même si je ne suis pas toujours d’accord avec le premier ministre, je dirai ceci : Il écoute ce que les gens disent jusqu’au bout.

Il ne fait pas toujours ce qu’il faut, mais là encore aucun d’entre nous ne le fait.

Alors monsieur le premier ministre, si vous m’écoutez, voici ce que j’ai à dire.

Dans ce budget, il faut des investissements massifs dans l’infrastructure des soins de santé.

Depuis des décennies, le déficit croissant des soins de santé nous a tous laissés vulnérables.

La médecine de couloir.

La privatisation des soins.

Les coupes.

Les mises à pied.

Les restrictions salariales.

On nous disait que c’était responsable, mais on constate aujourd’hui que tout cela a beaucoup appauvri notre province.

Manque de capacité, manque d’EPI, manque de travailleurs, morts inutiles.

C’est ce qui arrive après des années de coupes drastiques.

Vous devez vous demander pourquoi les préposées aux services de soutien à la personne risquent leur vie pour aller travailler – un emploi tellement dénigré que les exploitants privés à but lucratif leur versent un salaire à peine supérieur au salaire minimum?

Pendant ce temps, les entreprises privées et leurs cadres cupides ont empoché des milliards sur le dos de nos personnes âgées et infirmes et, malheureusement, sur le dos de ceux et de celles qui ne sont plus avec nous.

Cela doit cesser maintenant.

Il y a les mêmes problèmes avec les pénuries dans les laboratoires et les services paramédicaux.

Les travailleurs ont été malmenés et maltraités pendant des décennies, soit à cause de la privatisation, soit à cause d’une menace de privatisation suspendue continuellement au-dessus de leur tête.

Cela doit aussi cesser maintenant.

N’est-il pas absurde de dire à une population frustrée et anxieuse que les confinements sont la seule réponse à d’éventuelles recrudescences des besoins dans le système de santé?

Les Ontariennes et Ontariens ne rajeunissent pas. Et ils ne sont pas stupides.

Nous avons besoin de davantage, pas de moins, d’hôpitaux, de lits, de cliniques et de laboratoires publics.  Nous avons besoin de plus de capacité en soins intensifs, pas de moins.

Ce virus ne disparaîtra pas de sitôt et il y aura probablement une autre pandémie sur ses talons. C’est pourquoi nous devons dépenser intelligemment et augmenter notre capacité dès maintenant.

Utilisons nos collèges communautaires, comme Bill Davis l’avait voulu, pour former une main-d’œuvre hautement qualifiée et éduquée grâce à notre personnel enseignant de classe mondiale.

Nous devons veiller à ce que la LCBO reste la poule aux d’or des recettes publiques et mettre fin à la lente propagation de la privatisation et à l’hémorragie des deniers publics.

Les services correctionnels doivent être un lieu sûr pour les travailleurs et les détenus et nos travailleurs correctionnels doivent avoir les ressources et les conditions de travail nécessaires pour assurer notre sécurité.

Les enfants méritent d’être en sécurité dans les salles de classe, en particulier ceux qui ont des besoins spéciaux. Monsieur le premier ministre, nos travailleuses et travailleurs de soutien à l’éducation sont exploités depuis des années avec des faibles salaires et de mauvaises conditions de travail.

Ils sont les véritables héros de notre système d’éducation.

La fonction publique de l’Ontario, qui a été ravagée au fil des ans, est aujourd’hui loin des années de gloire de Bill Davis, une période où elle était renommée et remportait des prix et des distinctions dans le monde entier.

Le moral est au plus bas, tandis que la charge de travail est au plus haut.

Les travailleuses de première ligne des services d’aide à l’enfance, de la santé mentale et de développement ont subi des compressions et des restrictions drastiques au fil des ans, parce que, d’une manière ou d’une autre, les gouvernements ont considéré ces professions comme des passe-temps plutôt que comme de véritables métiers. Peut-être est-ce un préjugé inhérent envers les professions à prédominance féminine?

Ces travailleuses s’occupent de personnes réelles qui ont des besoins réels et des difficultés réelles. Elles méritent mieux.

Le personnel des cliniques d’aide juridique, des refuges pour sans abri et les travailleurs qui viennent en aide aux itinérants ont eux aussi été sacrifiés sur l’autel de l’austérité, tandis que les nantis se remplissaient les poches comme des bandits.

Il n’y a pas si longtemps que la vérificatrice générale soulignait le fait que des projets de privatisation avaient coûté aux contribuables ontariens huit milliards de dollars de plus que si ces contrats avaient été traités avec les méthodes d’approvisionnement classique.

Pensez à ce que cet argent aurait pu changer pour les travailleuses et travailleurs que je viens de mentionner.

Pensez à ce qu’il aurait changé pour la population de l’Ontario.

Monsieur le premier ministre, je connais les gens et je sais que vous avez un grand cœur.

Je sais que vous vous souciez des gens.

Je profite donc de cette occasion pour dire : travaillons ensemble.

Je suis sûr que vous savez maintenant que le projet de loi 124 a été mal avisé. Il s’agit d’un geste classique, politique et irréfléchi, qui ne résistera pas à une analyse minutieuse.

Les travailleuses et travailleurs de première ligne de l’Ontario ne sont pas la cause du déficit provincial.

Au fond de votre âme, vous le savez aussi.

Pourtant, à chaque fois, dans le seul but de faire les gros titres ou d’évoquer un croque-mitaine, ce sont les travailleurs qui ont fait les frais.

Si les augmentations des travailleurs étaient la cause de notre déficit, l’Ontario aurait remboursé sa dette depuis des décennies, n’est-ce pas.

Voici donc ce que je vous propose.

Mettez en place un panel, une table ronde, un groupe de travail, appelez-le comme vous voulez, et travaillons ensemble pour ouvrir la voie et aller de l’avant.

Le gouvernement, les travailleurs et leurs représentants.

Le Patron et les héros de première ligne pour traverser ensemble la crise d’une génération.

Qu’avez-vous à perdre, à part de faire voler en éclats un vieux mythe selon lequel les travailleurs sont toujours responsables de tous les maux?

Je peux vous dire qu’ils ne le sont pas.

Ils ne l’ont jamais été.

En toute solidarité,

Warren (Smokey) Thomas
Président de l’OPSEU/SEFPO