Le débat du samedi : Devrait-on abolir les soins de longue durée privés? Oui.

L’éditorial suivant, du président de l’OPSEU/SEFPO, Warren (Smokey) Thomas, a été publié aujourd’hui même dans le Toronto Star.

Le débat du samedi : Devrait-on abolir les soins de longue durée privés? Oui!

Warren (Smokey) Thomas
Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario

Cette pandémie nous a appris une leçon implacable : il est temps de mettre fin à notre relation toxique avec les soins de longue durée privés à but lucratif en Ontario. Il est évident que ces soi-disant « prestataires de soins » ne se soucient ni des résidents ni des travailleurs de première ligne, mais que de leurs actionnaires.

Pour les gros joueurs, comme Chartwell et Extendicare, ce qui compte c’est les profits, pas les gens. Il n’est donc pas étonnant que certaines personnes disent que les soins de longue durée sont le « Far West » de notre système de santé.

Mais la pandémie n’a pas engendré cette crise, elle a simplement mis le pire sur le devant de la scène.

Depuis des années, les travailleurs de première ligne et leurs syndicats sonnent l’alarme pour dénoncer les conditions déplorables dans les établissements de soins de longue durée et les pénuries de personnel – un personnel trop peu nombreux pour dispenser des soins adéquats dans des foyers où les besoins des patients sont de plus en plus complexes. Un secteur où les listes d’attente ne cessent de s’allonger et congestionné par des sociétés-exploitantes qui ne sont préoccupées que par leur bénéfice net.

Nous savions déjà que les exploitants à but lucratif ne pouvaient pas être dignes de confiance, mais la pandémie, avec plus de 3 000 décès de résidents, nous montre qu’ils ne sont absolument pas dignes d’être dans le secteur des soins.

Parlons de la récente augmentation de salaire pour les préposés aux services de soutien à la personne (PSSP). L’automne dernier, la province a annoncé une bonification du salaire horaire des PSSP de 3 $ dans le but d’attirer et de retenir le personnel de première ligne en pleine deuxième vague de COVID-19. À la mi-janvier, plus de 200 foyers ne l’avaient toujours pas versée.

C’est ce que l’on appelle du vol de salaire et d’où je viens quand on vole, on va en prison. On dirait que la vie continue comme si de rien n’était en Ontario pour ceux qui volent les salaires de leur personnel pour payer leurs actionnaires en plein milieu d’une pandémie mondiale. Ça devrait être une infraction criminelle comme celle de ne pas pourvoir aux premières nécessités de la vie. Pourtant, personne n’a encore été poursuivi, ni, a fortiori, vu l’intérieur d’une cellule de prison. Un autre exemple qui nous montre que les nantis du milieu des affaires ne sont pas soumis aux mêmes règles du jeu que le commun des mortels.

Mais cela soulève une question importante : si les prestataires de soins à but lucratif sont incapables de prendre soin de leurs travailleurs — même lorsqu’ils reçoivent l’argent nécessaire pour le faire — comment peuvent-ils prendre soin des patients?

La réponse est qu’ils ne le peuvent pas car ils font toujours passer l’argent avant les clients.

Prenons l’exemple du foyer de soins de longue durée St. George Care Community, à Toronto. Un récent rapport des techniciens ambulanciers a mis en évidence des conditions sanitaires et de sécurité catastrophiques dans l’établissement, notamment des cas d’abus, de négligence et une incapacité totale à procurer les nécessités de la vie. Ces conditions, dramatiques et inacceptables, leur permettent de réduire les coûts et d’accroître leurs profits, même au coût ultime de la vie humaine.

Et lorsque les conditions atteignent un seuil critique, la province doit intervenir pour mettre fin au désordre en confiant la gestion de ces foyers à des hôpitaux de l’Ontario. Les exploitants à but lucratif qui ne suivent pas les règles s’en tirent à trop bon compte et ce sont toujours les contribuables qui payent la facture lorsque la situation devient hors de contrôle.

Parlons du foyer Roberta Place — l’établissement à but lucratif ayant connu la pire éclosion de COVID-19 en Ontario. Ils ont reçu des dizaines d’ordonnances d’exécution et d’avis écrits concernant des violations du règlement, mais cela n’a pas été suffisant. Quatre jours après la déclaration de l’éclosion, les inspecteurs ont constaté de multiples infractions, notamment des résidents qui avaient été testés positifs et d’autres qui étaient négatifs qui partageaient la même chambre.  Il n’est pas étonnant que plus de 200 personnes aient été infectées, mais c’est une honte que 45 personnes aient perdu la vie. Les ordonnances exécutoires ne suffisent pas à lutter contre la négligence criminelle de ces sociétés.

Il ne fait aucun doute que nous devons renforcer nos capacités. Nous avons besoin de plus de foyers et de plus de personnel pour répondre à la demande croissante. Et si la qualité des soins, la responsabilité et la transparence sont la première de nos priorités, nous devons également bâtir des établissements publics, financés et exploités par l’État, et ouverts à la surveillance et à l’inspection publiques. Chaque dollar dépensé devrait être consacré aux soins, non pas aux profits des sociétés.

Oui, ça coûtera cher et il faudra investir. Et oui, ce sera également compliqué. Cela prendra du temps, mais il n’y a pas de meilleur moment pour commencer qu’aujourd’hui. Nous avons besoin d’un plan solide et à long terme parce que des vies en dépendent. Nous devons non seulement exiger, mais également mettre en œuvre des normes plus élevées et une meilleure qualité de vie pour les résidents dans nos foyers de soins de longue durée.

Investissons intelligemment en renforçant les capacités de notre système de santé public afin d’éviter une crise encore plus grave et des coûts encore plus élevés. Nous le devons aux personnes que nous avons perdues.