Le président Thomas dans le Globe and Mail : Il est temps d’en finir avec la privatisation

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À la suite de l'effondrement financier brutal de Carillion, le Globe and Mail a publié l’article d'opinion du président du SEFPO, Warren (Smokey) Thomas. Vous pouvez lire l'article sur le site Web du Globe et participer à la conversation sur la page Facebook du Globe.

Ci-dessous le texte de l'éditorial :

Il est temps de remettre les services gouvernementaux entre les mains du public

L'effondrement spectaculaire, cette semaine, de Carillion, le géant britannique de la sous-traitance, est un avertissement : on ne peut pas faire confiance à la privatisation et il est temps d’en finir avec cette politique qui a échoué.

Il y avait pourtant eu des avertissements. En Ontario, la privatisation a engendré plusieurs catastrophes financières ces dernières années : la vente de l'autoroute 407; le scandale des centrales au gaz; Hydro One.

C'est la même histoire à travers le pays. À Terre-Neuve et au Labrador, la privatisation de la formation des adultes a conduit à une hausse des droits de scolarité et à une baisse des inscriptions. En Alberta, la privatisation de la vente d'alcool s’est traduite par une hausse des prix. À Ottawa, à cause de la privatisation du système de paiement, plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires du gouvernement fédéral ne sont pas payés correctement. Chez nous, en Ontario, la privatisation du Système automatisé de gestion de l'aide sociale (SAGAS) continue de perturber et de bouleverser la vie de milliers de personnes qui ne reçoivent pas les paiements d'aide sociale qu'elles méritent. On avait pourtant reçu de nombreux avertissements à propos de Carillion. Plus d'une fois, la société avait été mise en cause par la vérificatrice générale de l'Ontario.

En 2015, par exemple, la vérificatrice générale, qui a examiné les projets de « partenariat public privé » auxquels la province avait eu recours pour construire des infrastructures, telles que des routes et des hôpitaux, durant la dernière décennie, a constaté que « nos partenaires » du secteur privé nous avait facturé près de huit milliards de dollars de trop.

Carillion est également l’entreprise privée qui a le plus grand nombre de contrats de déneigement des routes en Ontario. Il y a deux ans, la vérificatrice générale a examiné les services de déneigement privatisés et a constaté que les services sont plus lents et rendent donc nos routes plus dangereuses.

On ne connaîtra probablement pas le véritable coût de cet effondrement avant des mois, mais on peut compter sur une chose : ce sont les gens comme vous et moi qui devront recoller les morceaux et payer les factures.

Cela soulève une question fondamentale : au regard de toutes ces preuves, pourquoi nos responsables politiques ont-ils encore recours à la privatisation?

Pourquoi le gouvernement de l’Ontario s’empresse-t-il de donner les contrats de déneigement de Carillion à un autre entrepreneur privé? Pourquoi le gouvernement fédéral met-il en place à la hâte sa « Banque de l'infrastructure » qui n'est en réalité rien d’autre qu'une machine à signer des contrats en P3 (partenariat public-privé) avec des sociétés suspectes et défaillantes à l’instar de Carillion?

Soulignons que nombre des personnes qui profitent de la privatisation sont souvent des donateurs qui font des dons substantiels  aux partis politiques et aux candidats qui sont en faveur de la privatisation. Grâce à la privatisation, les responsables politiques ont l’occasion de nous faire leur tour de passe-passe : faire comme si on n’avait pas à payer nos services publics. Ça leur permet de faire comme si leurs budgets étaient équilibrés et peut-être même d’offrir une réduction d'impôt ou deux.

La vérité, c'est que la privatisation nous coûte beaucoup plus cher – des milliards en plus – mais à long terme. Et je suis convaincu que de plus en plus de Canadiens s'en rendent compte.

Mon syndicat est le soutien principal au Canada d'une campagne internationale en faveur des services publics, intitulée « Ça nous appartient ». L'objectif est de faire en sorte que les gens s’approprient de nouveau le secteur public et qu’ils en soient fiers. Après tout, le secteur public : nous l'avons bâti, nous l'avons payé, il nous appartient. En à peine plus d'un an, plus de 50 000 Ontariennes et Ontariens ont apporté leur soutien à la campagne.

L'effondrement de Carillion n'est qu'un autre rappel douloureux que nous ne pouvons pas faire confiance au secteur privé pour procurer les services publics fiables et abordables dont nous dépendons.

Cette semaine, la première ministre de l'Ontario a remanié son Cabinet dans l'espoir de gagner des soutiens. Si elle voulait vraiment aider les gens ordinaires, elle aurait formé un Cabinet composé de responsables politiques courageux et imaginatifs qui sont conscients du fait que vendre nos services publics est désastreux pour nous tous – et qu’investir dans les services publics profite à tout le monde.