Avis

Lettre à la ministre de la Justice concernant la décriminalisation du travail du sexe

Date de publication

Le vendredi 4 décembre 2015, 10 h 00

Dest. : L’Honorable Jody Wilson-Raybould, ministre de la Justice et procureure générale du Canada

Nous vous félicitons de votre récente nomination au poste de ministre de la Justice et procureure générale du Canada.

Dans le cadre de votre travail, nous espérons que vous saurez répondre rapidement aux réalités et préoccupations liées à la violence faite aux femmes et filles autochtones et aux méfaits engendrés par la criminalisation des communautés autochtones, et plus particulièrement la criminalisation du travail du sexe.

Nous appuyons des organismes comme Amnistie internationale, l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation internationale du Travail et le Réseau mondial des projets sur le travail du sexe qui demandent la décriminalisation immédiate du travail du sexe.

Nous estimons fermement que la criminalisation du travail du sexe n’a jamais aidé à protéger les femmes contre la violence. En fait, dans les communautés autochtones, il est évident que le contraire est vrai.

La criminalisation du travail du sexe conduit souvent à des arrestations, détentions, voire même à la déportation arbitraires de femmes et jeunes filles autochtones.  Elle augmente le risque de violence faite aux travailleuses du sexe et le besoin d’interventions médicales et sociales, et réduit l’accès aux services médicaux et sociaux. Les éléments de preuve, rassemblés par exemple par Amnistie internationale dans ses consultations en vue d’élaborer une ligne de conduite pour protéger les droits humains des travailleurs et travailleuses du sexe, démontrent que la criminalisation de travail du sexe ne fait qu’exacerber la marginalisation et la discrimination des femmes.

D’autre part, l’avis qui prédomine que les femmes autochtones travailleuses du sexe sont exploitées, forcées ou trafiquées perpétue l’héritage marqué par la violence coloniale et les méfaits historiques causés par les pensionnats et la rafle des années soixante. Là où les femmes autochtones sont considérées simplement comme des « victimes », le système de justice et les innombrables services sociaux, de santé et de bien-être sont sanctionnés pour arracher de force les femmes et les filles de leur foyer et les détenir sous prétexte qu'elles ont besoin de protection.

Nous vous prions d’appuyer la décriminalisation du travail du sexe et de reconnaître et respecter l’historique des initiatives des travailleuses du sexe et les voix des travailleuses du sexe dans le développement des futurs objectifs politiques et lois. Nous estimons que les travailleuses du sexe sont les mieux placées pour exprimer leurs propres expériences et définir les solutions les plus appropriées à leurs propres bien-être et sécurité.