Une imposture qui dure

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Vingt ans, c'est long pour une telle supercherie. Mais s'il y a une chose que les conservateurs du jour font bien, c'est nous jeter de la poudre aux yeux pour nous couper l'herbe sous les pieds. Nous devons reconnaître qu'ils sont habiles lorsqu'il s'agit d'enjoliver les faits. De plus, le renfort des médias n'a pas nui à leurs efforts.

Depuis l'époque de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, le message que publient les néo-conservateurs et leurs alliés dans les médias est le suivant : Réduisez les impôts des sociétés. Réduisez le gouvernement. Éliminez la dette. À l'instar d'un chant grégorien, leur mantra est répétitif et incessant. Il est aussi cohérent et faux.

Et ils ont eu le culot de parler d'effet de retombée économique, une théorie qui dit que les richesses des riches finiront gentiment par tomber dans les poches des moins bien nantis. Ils parlaient de politique. Moi, j'appelle ça une supercherie d'un quart de siècle accentuée par une inégalité croissante des revenus, des emplois précaires, une infrastructure pourrie et des coupes arbitraires dans les services publics.

On ne manque pas d'exemples d'échec économique à la Thatcher, Reagan et compagnie, des acolytes de la trempe de Stephen Harper.

Les réductions inconditionnelles des impôts des sociétés ne contribuent certes pas à des délires d'embauche. Par contre, ce à quoi elles contribuent certainement, c'est des profits record. Tandis que des sociétés Fortune 500 comme la General Electric ne paient plus d'impôts, les travailleurs de la classe moyenne qui contribuent aux profits de leurs entreprises maintiennent le pays à flot.

Et voici quelque chose d'autre que les réductions d'impôts créent : des trous dans notre infrastructure et dans notre tissu social. Et nous sommes les témoins privilégiés de l'impact cruel de telles mesures. Le maintien d'une société civile coûte cher. Et c'est un coût qui doit être partagé équitablement.

Une autre rengaine favorite des conservateurs économes est celle de budgets équilibrés qui créent des emplois. Ah vraiment? Cela dépend de la façon dont on l’atteint cet équilibre.

Les conservateurs cherchent à l'atteindre en coupant dans les emplois et en éliminant tous ces soi-disant programmes de prestations sociales. En d'autres termes, ils le font aux dépens des gens qui travaillent ou, mieux encore, à l'enclume du sacrifice des 65 pour cent de la population qui ne les soutiennent pas.

Est-ce que ça marche? Rien que le mois dernier, Jim Flaherty, le ministre fédéral des Finances, se targuait de ses prochains budgets fédéraux équilibrés et excédentaires. Le même mois, le Canada perdait 7 000 emplois.

Pourquoi? La création d'emplois ne peut pas suivre la tendance en matière de suppression d'emplois publics. Elle ne le pourra jamais, car quand ils coupent, ils coupent à l'excès. Malheureusement, ces travailleurs déplacés sont ceux qui ont obtenu l'ultime réduction d'impôts. Hé! après tout c'est vrai, quand on ne travaille pas, on ne paie pas d'impôts!

Ça fait un quart de siècle que les conservateurs divisent pour régner, dressant les travailleurs contre leurs propres intérêts. Mais ce petit jeu arrive à sa fin. Les travailleurs commencent à voir clair. Ils voient leur revenu disponible disparaître sous leurs yeux. Ils voient l'infrastructure de leurs villes et villages qui est en train de s'effondrer. Et ils voient comment les riches s'enrichissent.

Pour vous donner un exemple, juste récemment, la société de placement de Warren Buffet, Berkshire, annonçait des profits de 20 milliards de dollars, 25 pour cent de plus qu'à la même période l'an dernier. Qu'ont-ils fait de cette bonne nouvelle? Ils ont acheté puis fermé l'usine Heinz à Leamington, en Ontario, jetant des milliers de personnes dans l'incertitude.

Les profits de quelques-uns prennent le pas sur les emplois de nombreux.

Récemment, Nikii Haley, la gouverneure de la Caroline du Sud, disciple du « droit au travail », annonçait que son état n'accueillerait aucun employeur syndiqué. Arrêtez les presses! C'est loin d'être une surprise quand on pense que la Caroline du Sud a déjà parmi les salaires les plus bas aux États-Unis. À l'instar de nos conservateurs, la gouverneure est déterminée à perpétuer la pauvreté et à préserver le sourire des gros bonnets.

En Ontario, Tim Hudak, le chef du Parti conservateur s'est vanté d'avoir rejeté la demande d'aide financière de Chrysler, qu'il qualifia d'aide sociale aux entreprises parasites, lorsque la compagnie a brusquement déclaré qu'elle n’utiliserait pas l'assistance du gouvernement pour moderniser ses usines d'assemblage à Windsor et Brampton.

Hudak copie des gens de la trempe de la gouverneure Haley, qui veulent se débarrasser des syndicats à tout prix. Curieusement, cependant, c'est le même Tim Hudak qui veut offrir de l'aide sociale aux entreprises sous forme de taux d'imposition moins élevés, pour attirer des entreprises. Il ne semble pas comprendre l'ironie de la situation. Et nous n'en sommes pas trop étonnés. Tellement pris dans ce petit jeu, les conservateurs essaient désormais de se leurrer eux-mêmes.

Ils sont le seul public qui leur reste.

En toute solidarité,

Warren (Smokey) Thomas
Président

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