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Éduquer. Défendre. Organiser : l'héritage de l’OPSEU/SEFPO

Warren (Smokey) Thomas in a blue suit standing at a podiu
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Éduquer. Agiter. Organiser.

C’était le mantra du mouvement ouvrier à l’époque où j’aiguisais mes dents syndicales sur l’action directe, avide de créer chaos et confrontation.

J’étais jeune, enthousiaste et assez agressif.

En d’autres termes, un militant de l’époque. Et quelle époque!

Bien avant toutes ces technologies et bien avant Internet et les guerriers du clavier, c’était une époque où les fauteurs de troubles descendaient dans les rues pour de bon.

Toutes les cases de la défiance sociale étaient cochées; nous n’avions que faire du gaz lacrymogène et de la police.

Personne ne passait les lignes de piquetage. Jamais.

Aucun protocole n’était négocié.

Se coucher devant un camion? Pas de problème!

Sauter une barrière? Bien sûr.

Envahir les bureaux d’un député provincial? Un jeu d’enfant.

Nous pouvions perturber le meilleur d’entre tous. Et nous le faisions.

J’ai récemment reçu un article d’août 2020 de David Bush (étudiant au doctorat à l’Université York et auteur au Socialist Project), paru dans le Magazine Spring. Dans son article, il explique l’origine du slogan, apparemment « utilisé pour la première fois par la Social Democratic Federation (SDF), une organisation socialiste du Royaume-Uni dont les membres incluaient Eleanor Marx et William Morris. La SDF avait utilisé le slogan pour la première fois en 1883, dans un dépliant intitulé « Socialism Made Plain, the Social and Political Manifesto of the Democratic Federation ».

Camarade Bush poursuit pour écrire « Lénine a été inspiré par cette phrase, la répétant dans son article classique de 1899 intitulé « Our Immediate Tasks »… comme Lénine l’écrivait – Apprendre. Endoctriner, Organiser – et le pivot de cette activité peut et doit être le seul organe du parti ».

L’auteur universitaire poursuit en citant Lénine, « nous ne pensons pas une minute à pousser d’autres formes d’activité en arrière-plan, p. ex. agitation locale, manifestations, boycotts, persécution des espions, campagnes amères contre des représentants individuels de la bourgeoisie et le gouvernement, grèves de protestation, etc. ».

Les temps changent, ce qui nous amène à nous demander si un manifeste vieux de 140 ans est encore le meilleur instrument pour les membres de l’OPSEU/SEFPO, certains très bien et adéquatement compensés grâce à des gains durement gagnés à la table de négociation? Ces membres sont-ils désormais classés, en vertu de leurs succès dans le cadre des négociations, selon la théorie, comme faisant partie de la bourgeoisie méprisée? Les travailleurs devraient-ils, en raison de leur statut socio-économique élevé, être ciblés par une campagne amère?

N’est-ce pas le travail d’un syndicat?

De négocier. De défendre. D’élever les travailleurs.

D’organiser toujours plus de travailleurs afin qu’eux aussi aient les avantages, les salaires et la protection dont nous disposons tous?

Ce qui nous amène au 21e siècle.

J’entends beaucoup de bavardages au sujet des guerres de classe, des dirigeants qui descendent dans les rues.

J’entends aussi des plaintes qu’on est trop vieux jeu et un peu trop direct.

Laissez-moi vous dire mes amis, si vous envisagez de commencer une révolution des travailleurs, attendez-vous à une certaine résistance de la part des gens au sommet de la chaîne alimentaire. Attendez-vous à des affrontements. Hé, la génération avant vous qui a contribué à bâtir ce syndicat, non seulement nous les attendions, mais nous les avons accueillis à bras ouverts.

Avons-nous toujours bien fait? Probablement pas. Personne n’y arrive.

Mais cela nous a permis de nous rendre où nous sommes aujourd’hui.

Forts de 180 000 membres.

Un effectif qui a plus que doublé depuis 2007.

Un syndicat qui compte.

Un mouvement respecté et qui a de l’influence.

Un syndicat qui a travaillé avec brio pour assurer la sécurité de nos membres et de leur emploi pendant la pandémie. Cela contraste avec les millions de gens malheureux qui ont perdu leur emploi et avec nos syndicats affiliés qui ont perdu des milliers de membres et dû fortement réduire leur personnel à l’interne.

Un syndicat qui a su convaincre un gouvernement de droite d’investir des milliards de dollars dans les soins de santé, les hôpitaux, les services correctionnels, les services sociaux et l’éducation postsecondaire et publique.

Un syndicat qui rend à César ce qui appartient à César, et qui n’hésite pas à parler des mesures maladroites du gouvernement, d’une manière qui mène à la discussion plutôt qu’à l’isolement.

Un syndicat bien couvert par les médias provinciaux et locaux.

Ensemble, nous avons en grande partie réussi.

Nous avons fait face à l’inattendu et réagi rapidement et de façon positive et proactive aux menaces présentes et qui pèsent sur nous.

Nous continuons d’éduquer.

Nous avons travaillé fort pour organiser. Et nous avons réussi même face à des défis incroyables.

Mes amis, nous avons changé pour le mieux. Nous ne sommes plus de simples agitateurs, un caillou dans la chaussure, une mouche sur la croupe d’un cheval. Nous sommes plus que gênants.

Nous sommes une force. Une machine.

Des défenseurs plutôt que des agitateurs.

La consultation plutôt que la confrontation.

Coordination et travail d’équipe. Nous, et pas Je.

Ce que nous disons compte parce que nous avons été aux premières lignes dès le premier jour de la pandémie.

Et ça en a valu la peine. Il suffit de regarder le budget 2021 de l’Ontario. Pas une fois n’a-t-on entendu le mot à la mode de la dernière décennie, « Austérité ».

Pourquoi?

Parce qu’ensemble, nous avons réussi à convaincre ce gouvernement de l’importance de services publics de qualité.

Parce qu’ensemble, nous faisons tourner l’Ontario.

Éduquer. Défendre. Organiser.

Un héritage dont nous pouvons être fiers.

Et quant aux disciples de Lénine, poursuivez donc vos théories politiques du passé.

J’ai toujours davantage été un fan de Ringo et du talent qu’il avait à maîtriser des rythmes en évolution constante.

Soyez prudent, et merci de vos efforts exceptionnels.

Poursuivons notre excellent travail.

Solidairement,
Warren (Smokey) Thomas
Président, OPSEU/SEFPO
@OPSEUSmokey
facebook.com/OPSEUSmokey

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