Un don d'éloquence

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Chers amis,

Les gens me disent que j’ai beaucoup d’éloquence. Mais il arrive que les mots m’échappent, à moi aussi.

En mai dernier, je me suis retrouvé dans une position délicate pendant un deuxième tour de scrutin syndical à Sudbury. À un moment donné, j’ai utilisé l’expression « J’aimerais bien qu’ils se contentent de tricoter » en parlant de l’Association des infirmières et infirmiers de l'Ontario (AIIO).

Je voulais simplement dire qu’ils feraient bien de s’en tenir à ce qu’ils savent faire et qu’ils devraient se mêler de leurs affaires. Mais ce n'est pas ce que les gens ont entendu. Pour certaines personnes, c’était une remarque sexiste sur un syndicat composé en grande partie de femmes.

Récemment, un politicien de Toronto a eu droit à la même réaction lorsqu’il a dit que la planificatrice urbaine en chef Jennifer Keesmaat devrait « se contenter de tricoter ».

« Pendant qu’il y était, il aurait dû me dire de retourner à mes fourneaux », a déclaré Madame Keesmaat à un animateur de radio. « J’estime que ce commentaire est profondément blessant. »

Le conseiller municipal Denzil Minnan-Wong a présenté ses excuses. Et moi aussi.

Cette affaire m’a rappelé une bonne leçon : parfois, ce n’est pas ce que vous voulez dire qui compte, c’est la façon dont c’est interprété.

J’ai dit que l’AIIO devrait « se contenter de tricoter » parce que c'est une expression que j’entendais à la maison, que ma mère utilisait. Et lorsqu’elle l’utilisait, elle n'avait aucune connotation sexiste, et ne s'adressait pas plus particulièrement à des filles ou à des femmes.

Mais ce n’est pas important. Lorsque j’entends cette expression avec les oreilles d’autrui, je vois bien qu’elle est sexiste. Leçon apprise!

Le gros problème avec la langue c’est qu’elle est remplie de métaphores et que parfois, on ne se souvient même pas d'où elles viennent.

« Avaler des couleuvres. » « C'est une autre paire de manches. » « Monter sur ses grands chevaux. » « Comme un cheveu sur la soupe. » « Revenir à ses moutons. » Qui sait d’où viennent ces expressions! Je ne le sais pas, mais ce que je sais, c'est que chacun et chacune d’entre nous qui prenons l’Énoncé de respect du SEFPO au sérieux, et je l’ai moi-même lu des milliers de fois dans le cadre de réunions, doit faire attention à la façon dont il ou elle parle. Et la meilleure façon de le faire est d’écouter honnêtement comment les gens réagissent aux mots que nous utilisons.

En août dernier, la militante autochtone Candy Palmater a fait une super vidéo sur la raison pour laquelle nous ne devrions plus utiliser des phrases blessantes telles que « hors de la réserve » et « le plus bas sur le totem ».

« Les mots sont réels », a dit Candy Palmater dans sa vidéo. « Ils sont importants. » Et j’ajouterais, si les personnes à qui on s’adresse les trouvent blessants, alors c’est qu’ils le sont.  

Croyez-moi, on n'est jamais trop vieux pour apprendre. Ou trop important pour dire « pardon ».

Solidairement,                                                                                        

Warren (Smokey) Thomas
Président, Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario

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