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L'Ontario et l'Accord économique et commercial global

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Le président d'un syndicat de 130 000 membres comme le SEFPO, avec 500 unités de négociation et conventions collectives, en sait pas mal sur l'art de négocier. Et je suis surpris par les commentaires unilatéraux en ce qui concerne l'entente récemment signée entre le Canada et l'Union européenne (UE). Les remarques de nos partis politiques fédéraux et les rapports des médias nous obligent à une conclusion toute simple en ce qui concerne l'Accord économique et commercial global (le CETA) : les négociateurs auxquels l'UE a recours sont incompétents. 

Selon notre premier ministre, le Canada a réalisé des gains importants sans trop se mouiller. Nous avons désormais accès à un marché riche et dominant. Les Canadiens peuvent s'attendre à des dizaines de milliers de nouveaux emplois et à des prix plus avantageux, sans compter les marchandises européennes de qualité supérieure. Nous avons signé cette entente malgré un PIB européen dix fois plus important que le nôtre (16,36 billions de dollars (US) contre 1,82 billion de dollars (US)). Ouah! 

Les Européens ne sont pas stupides. Ils ont de toute évidence pensé au libre accès conféré par l'entente à un public de 35 millions de personnes qui vont se régaler de leurs bons vins et fromages. La réduction des droits de douane sur les véhicules européens signifie aussi que plus de Canadiens s'assoiront au volant d'une Benz ou d'une BMW et que notre industrie automobile en pâtira. On attend encore de voir qui sera le gagnant dans tout ça.

La vérité finira bien par éclater. En supprimant les contrôles, les accords commerciaux favorisent la concurrence. Et dans un marché de concurrence, il y a des gagnants et des perdants, c’est évident. Pour les grandes sociétés, la victoire se traduit par une réglementation allégée, des salaires moins élevés et des normes de travail réduites. Quand le Canadien moyen protestera, la réponse sur les tendances anarchiques de l'économie mondiale se fera purement rhétorique (quoi que cela puisse vouloir dire).

Le libre-échange sacrifie la souveraineté, les gens et les peuples au profit des marchés mondiaux. Avec le CETA, les Canadiens perdent un peu plus de contrôle sur leur destinée. Avec le CETA, nous ne bénéficierons pas des tendances globales, bonnes ou mauvaises, pas plus que nous n'y échapperons.

Il n'y a pas si longtemps que ça, Stephen Harper et Jim Flaherty avaient exprimé leur opinion plutôt négatives de certains membres de l'UE, notamment le Portugal, l'Italie, la Grèce et l'Espagne. Leurs déclarations ressemblaient étrangement à celles de Wall Street. Pour Wall Street, ces fabuleuses destinations européennes sont « les COCHONS ». Les marchés financiers semblent obsédés par les COCHONS ces temps. Le PM et Wall Street disent que ces pays doivent leurs difficultés à des dépenses publiques élevées. Ils disent que l'austérité et les coupures dans la fonction publique remédieront à ces problèmes économiques. Flaherty, notre ministre des Finances, s'est servi de tout cela pour convaincre les Canadiens que des coupures au niveau des services publics et des fonctionnaires nous empêcheraient de nous enfoncer dans une telle détresse. Le résultat : plus de 60 000 travailleurs du secteur public ont perdu leur emploi. 

Aujourd'hui, quelques mois plus tard, le PM nous dit que notre avenir dépend de ces mêmes nations européennes. Qu'est-ce qui a changé? La conjoncture politique, c'est ça qui a changé.

Le CETA devrait entrer en vigueur en 2015, l'année de nos prochaines élections fédérales. On peut s'attendre à des retards dans la ratification du CETA vu que 10 provinces et 28 membres de l'UE doivent au préalable approuver des détails encore inconnus. La promesse d'un avenir économique brillant avec le CETA peut être soutenue tout au long de la campagne électorale fédérale, mais la réalité ne sera révélée qu'après le vote. Les stratèges conservateurs considèrent le moment propice pour Harper, même s'il ne l'est pas pour les Canadiens. Nous perdrons notre chance de demander des comptes aux conservateurs pour le CETA. 

Les accords commerciaux tiennent rarement compte des intérêts de gens ordinaires comme vous et moi. Le CETA appartient aux grandes entreprises. L’entreprise de construction EllisDon en profitera. EllisDon fait pression auprès des partis progressiste-conservateur et libéral de l'Ontario et les soutient. Et c'est pour cela que cette entreprise a pu écrire et présenter à l'Assemblée législative de l'Ontario un projet de loi d'initiative parlementaire pour déroger aux contestations judiciaires d'une décision de la Commission des relations de travail qui l'autorisait à embaucher des travailleurs non syndiqués, même si cette entreprise avait elle-même signé des contrats précisant qu'elle ne le ferait pas.  

Lorsque EllisDon a des problèmes, les politiciens libéraux et conservateurs sont tout ouïe. Mais quand le SEFPO cherche à soutenir les travailleurs à temps partiel des collèges communautaires, la situation est bien différente. Lorsque les avocats des collèges mobilisèrent la procédure en utilisant certains aspects particuliers de la faible mesure législative, les politiciens sont restés les bras croisés. Les retards de la commission du travail ont alors étouffé les droits des travailleurs à temps partiel des collèges, qui tentaient d'obtenir le droit de négocier collectivement.

Une économie fructueuse concilie les intérêts des secteurs public et privé. Et c'est possible lorsque les deux secteurs travaillent ensemble pour créer de la richesse que nous pouvons tous partager. Le secteur privé est un grand producteur de richesse. Mais même ainsi, il lui manque l'aptitude à la répartir équitablement. La réglementation, les services et les mécanismes de surveillance du secteur public garantissent l'équité du processus, de façon que personne ne reste à la traîne. 

Le CETA ne rétablira pas la situation. Le CETA est un code qui permettra de réduire les salaires et les normes et d'accroître le pouvoir qu'exercent les entreprises sur chaque Canadien.

L'Espagne, la Pologne, l'Italie et les Pays-Bas ont fait face à des difficultés dernièrement. Et nous risquons bien d'entrer dans la même danse. C'est une véritable valse.

Nous avons besoin d'une solution canadienne fondée sur des stratégies mixtes établies par le gouvernement, l'industrie, les groupes communautaires et les syndicats. Nous devons conserver le droit de contrôler notre économie et notre destinée. Et tout ça, c'est à l'encontre des principes du CETA. Après tout, la souveraineté, c'est ça que nous perdons quand nous concluons des accords internationaux de libre-échange.

Solidairement, 

Warren (Smokey) Thomas, président

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