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Le profit... le problème à long terme des soins de longue durée

Warren (Smokey) Thomas in a blue suit standing at a podiu
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Chaque semaine, je regarde le nombre de morts grimper dans les établissements de soins de longue durée.  Et chaque semaine, je regarde sans y croire nos politiciens agir comme si toutes ces tragédies étaient une sorte de mystère.

Mais elles n’ont rien de mystérieux. Par contre, quelque chose de terrible se passe… la volonté de certains de mettre les profits avant les gens.

En ce qui me concerne, la mort de quelque 2 000 personnes dans nos foyers de soins de longue durée est le crime du siècle, et c’est pourquoi j’ai demandé à l’OPP de lancer une enquête.

Cela a soulevé quelques sourcils, mais je continuerai de demander une enquête jusqu’à ce que des mesures soient prises. Des accusations criminelles avaient été portées après la tragédie de Walkerton, au cours de laquelle sept personnes sont mortes; assurément, le décès de 2 000 personnes est une assez bonne raison pour que la police enquête.

Lorsqu’elle enquête sur un crime, la police doit établir les moyens, le motif et l’occasion. En pleine pandémie, les moyens et l’occasion sont faciles à établir. Inutile d’être Sherlock Holmes pour en déduire le motif. C’est le profit, pure et simple.

Le Toronto Star et l’Ontario Health Coalition ont tous deux fait un excellent travail en faisant le suivi des différences entre les taux de mortalité dans les foyers à but lucratif et les établissements municipaux et à but non lucratif. Et leurs conclusions sont effrayantes.

Les recherches du Star sont particulièrement révélatrices. Malgré le fait qu’il existe une répartition à peu près égale dans la province entre les lits de soins de longue durée à but lucratif et les lits de soins de longue durée à but non lucratif, il y a eu près de 10 fois plus de décès dus à la COVID dans les foyers à but lucratif au cours de la deuxième vague.

Les foyers à but lucratif se sont également moins bien tirés au cours de la première vague, avec près de 1 400 personnes décédées sous leur garde, soit plus de 70 pour cent de tous les décès liés aux soins de longue durée dans la province.

Si des chiffres comme ceux-ci ne suffisent pas, je ne sais vraiment pas ce qu’il nous faudra.

Le virus se soucie guère de savoir à qui appartient tel ou tel foyer. Mais il prolifère dans les environnements où les chambres ne sont pas nettoyées de façon appropriée, où les résidents sont entassés les uns sur les autres, où il n’y a pas assez de personnel pour fournir un environnement sain, et où personne n’a les bons équipements de protection individuelle et de sécurité.

Et nous savons grâce à d’autres articles de presse et recherches, sans parler de nos propres membres qui travaillent dans des foyers de soins de longue durée, que ce sont les conditions que l’on retrouve plus souvent dans les maisons à but lucratif.

Pourquoi? C’est simple. L’appât du gain l’emporte sur tout, et tous, des gestionnaires au personnel de première ligne, sont obligés de rogner sur les coûts pour maximiser les profits.

Le problème n’est pas nouveau. La privatisation est un problème qui dure depuis longtemps dans les soins de longue durée, depuis que Mike Harris a ouvert la porte du secteur aux profiteurs. Des effectifs insuffisants et précaires. Des foyers surpeuplés. Le rationnement strict des besoins essentiels, comme les draps et les couches.

Cela fait des années que les membres de notre syndicat aux premières lignes sonnent l’alarme à propos de ces conditions. Mais maintenant que le virus est là, nous ne pouvons plus ignorer ni le problème de base ni la solution de base.

Il est temps de faire disparaître le motif du profit des soins de longue durée.

Et il est temps de tenir responsables ceux qui ont causé tant de douleur et de souffrance en mettant les profits avant les gens.

Je comprends que le premier ministre se considère comme un homme d’affaires et qu’il ait un penchant naturel pour les autres gens d’affaires. Je sais aussi que des contentieux pourraient contribuer à la faillite des opérateurs privés. Ainsi soit-il. Protéger les propriétaires des établissements de soins de longue durée contre des poursuites judiciaires avec le projet de loi 218 est malavisé et anticonstitutionnel. Après tout, les gens d’affaires aiment dire qu’ils méritent leurs profits parce qu’ils ont pris le risque. Ensemble avec leurs actionnaires, ils devraient aussi en payer les conséquences.

Et oui, le gouvernement devra prendre le taureau par les cornes et assumer le contrôle. Parfait! C’est ce qui doit se produire.

Alors je dis, allons-y avec les poursuites. Que les enquêtes judiciaires commencent.

Concluons enfin ce chapitre honteux de la privatisation des soins de longue durée et recommençons au début. Avec responsabilité, soins et respect. Ceux qui ont construit cette province le méritent.

Solidairement,

Warren (Smokey) Thomas
Président de l’OPSEU/SEFPO
@OPSEUSmokey
facebook.com/OPSEUSmokey