Skip to content

Davantage de députés; moins de reddition de comptes

Share on facebook
Share on twitter
Share on email

Le mois dernier, l'Ontario a fait un pas en avant pour édifier une démocratie plus forte.

Malheureusement, quelques semaines plus tard, la province a fait trois pas en arrière.

Au début du mois de juin, la première ministre a annoncé que l'Ontario compterait 15 nouvelles circonscriptions aux prochaines élections provinciales, qui sont prévues en 2018. Les nouvelles circonscriptions correspondront aux changements qui sont mis en œuvre au palier fédéral où l'Ontario comptera 15 députés fédéraux supplémentaires après les élections d'octobre prochain.

La décision du gouvernement provincial d'ajouter un plus grand nombre de voix à Queen's Park pourrait apparaître comme un renforcement de notre démocratie. C'est un changement qui reflète la croissance et la diversité de la population de l'Ontario. C'est un changement qui contribue à réparer les dommages à la démocratie causés par Mike Harris à la fin des années 1990 lorsque son gouvernement a adopté la Loi de 1996 réduisant le nombre de députés, qui avait réduit la représentation populaire à l'intérieur de notre assemblée législative provinciale.

Mais l'effervescence créée par la nouvelle du renforcement de notre démocratie grâce à une représentation plus juste s'est évaporée d'un seul coup, le 29 juin, avec l'annonce de la nomination de Ed Clark à titre de conseiller spécial de la première ministre Kathleen Wynne pour les « affaires économiques ».

Aujourd'hui, on ne présente plus Ed Clark. Il est l'ancien directeur général de la Banque TD qui a présidé le Conseil consultatif de la première ministre pour la gestion des biens provinciaux. Au début de l'année, le Conseil a recommandé la vente d'Hydro One et l’ouverture du marché de la bière et du vin aux supermarchés. À présent qu'il fait partie de la garde rapprochée de la première ministre, je m'attends à ce que l'Ontario s'engage encore plus dans la voie de la privatisation des biens publics et de la compression des services publics.

La décision d'ajouter 15 députés provinciaux en 2018 n'est que de la poudre aux yeux. De l'esbroufe, si vous préférez. Une mesure qui est réduit à néant par la manœuvre antidémocratique qui consiste à nommer un ex-banquier non élu, qui n'a pas à rendre compte de ses actes, et dont le cursus professionnel inclut la vente de biens publics de plusieurs milliards de dollars, comme Hydro One, pour quelques sous.

Cette tendance n'a pas commencé avec Clark. Avant lui, on avait déjà eu un autre ex-banquier de la TD, Don Drummond, qui avait servi auprès de Dalton McGuinty comme tsar de l'économie non élu sans avoir à rendre compte de ses actes. Lui aussi avait recommandé la compression des effectifs du secteur public.

D'autres personnalités du secteur privé jouissent du même statut privilégié : l'ancien président de la campagne électorale du Parti libéral, Tim Murphy, qui en tant qu'avocat de société, s'est fait le champion des partenariats public-privé (P3); Bert Clark (fils de Ed) qui est à la tête d'infrastructure Ontario et appuie les P3; mais aussi Geoff Smith, l'ancien président du Fonds libéral de l'Ontario, qui est aujourd'hui président et chef de la direction du conglomérat de construction EllisDon, qui a gagné des milliards de dollars en argent public grâce aux P3.

Alors on se demande quel est l'intérêt d'ajouter davantage de députés dans notre Assemblée législative lorsque les seules voix qu'écoute Kathleen Wynne sont celles de devins du monde des affaires non élus qui n'ont pas à rendre compte de leurs actes et dont le mantra est de privatiser davantage de biens publics?

De toute évidence, les députés, comme les ministres du cabinet, n'ont plus aucun pouvoir. Les véritables décisions sont prises autour de la table d'une salle de réunion de Bay Street, certainement pas à la table du cabinet.

Il n'en a pas toujours été ainsi. Dans les années 1960 et 1970, alors que l'Ontario connaissait sa dernière croissance économique importante dans le secteur public, (ironiquement sous les gouvernements progressistes conservateurs de Leslie Frost, John Robarts et Bill Davis), les ministres du cabinet avaient encore voix au chapitre. Ils avaient du pouvoir parce qu'ils avaient été élus et qu'ils devaient rendre compte de leurs actes.

Cette époque est tout à fait révolue avec le gouvernement Wynne.

L'ancien premier ministre du Canada, Pierre Trudeau, avait prononcé autrefois une citation célèbre : « Dès qu'ils sont à plus de cinquante mètres de la Colline du Parlement, les députés fédéraux sont des moins que rien. » (traduction libre)

Aujourd'hui, Kathleen Wynne pourrait facilement s'approprier cette citation en disant : « Dès qu'ils sont assis à Queen's Park, les députés provinciaux sont des moins que rien. »

Solidairement,
Eduardo (Eddy) Almeida
Premier vice-président/trésorier

Tous les messages du vice-président/trésorier de 2011 à aujourd'hui